Ordures ménagères : compte comptable

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Le traitement comptable des ordures ménagères paraît souvent secondaire face à la paie, la TVA ou la liasse fiscale. Pourtant, entre taxe d’enlèvement, redevances, prestations de collecte, contrats de maintenance et refacturations au locataire, les montants en jeu deviennent rapidement significatifs. Un mauvais choix de compte comptable pour les ordures ménagères fausse votre résultat, complique l’analyse des charges et peut fragiliser un contrôle fiscal ou un contrôle des charges locatives.

Pour gérer sereinement vos déchets ménagers en comptabilité, il est indispensable de distinguer clairement ce qui relève d’un service extérieur, d’un impôt local ou d’une redevance spécifique. Cette distinction n’est pas seulement théorique : elle impacte votre pilotage de la rentabilité, votre gestion de trésorerie et la transparence vis-à-vis des locataires, des associés ou des élus. Vous vous demandez quel compte utiliser entre 6063, 615, 6288, 63512 ou 63513 ? Une vision structurée permet de sécuriser les écritures tout en suivant plus finement le coût réel des déchets.

Définition comptable des ordures ménagères et périmètre des charges associées

En comptabilité, les ordures ménagères recouvrent un ensemble de flux bien plus large que la simple “poubelle”. Il s’agit de tous les coûts liés à la collecte, au tri, au stockage temporaire et à l’élimination des déchets quotidiens produits par l’activité : déchets alimentaires, emballages, papiers, cartons, plastiques, voire certains déchets assimilés. Selon les chiffres récents, la France a produit 9,4 Mt de déchets alimentaires, dont 42 % par les ménages, et 21,6 Md€ ont été consacrés à la gestion des déchets, financés à 42 % par les entreprises. Pour une TPE ou une PME, le poste peut atteindre plusieurs pourcents du chiffre d’affaires dans la restauration, le commerce de détail ou l’industrie.

Pour bien choisir un compte comptable pour les ordures ménagères, il faut d’abord isoler les grandes catégories de charges. D’un côté, les charges externes avec fournisseur identifié (prestataire de collecte, fournisseur de bacs, loueur de compacteur, société de maintenance…), qui relèvent de la classe 6 en comptes de services ou fournitures. De l’autre, les impôts et taxes supportés sans négociation possible (TEOM, TEOMI, TGAP sur certains flux, taxes locales diverses), à comptabiliser dans la sous-classe 63, notamment le compte 63513 pour les autres impôts locaux.

La clé d’un traitement comptable fiable des déchets ménagers consiste à rattacher chaque flux au bon “réservoir” de charges : fournitures, entretien, services extérieurs ou fiscalité locale.

Enfin, viennent les cas de refacturation des charges d’ordures ménagères : bailleur qui refacture la TEOM au locataire, entreprise qui revend certains déchets valorisables (métaux, cartons), collectivité qui émet une redevance spéciale. Dans ces situations, une partie de la dépense initiale est compensée par des produits comptabilisés en compte 708 ou 706, ce qui suppose une bonne traçabilité analytique pour ne pas surévaluer les charges nettes.

Classe 6 ou classe 62 ? choisir le bon compte comptable pour les ordures ménagères

Comptabilisation en 6063 « fournitures d’entretien et de petit équipement » : cas des sacs et bacs à ordures

Les achats de sacs-poubelles, de petits conteneurs ou de matériels légers d’entretien liés aux ordures ménagères relèvent généralement du compte 6063 – Fournitures d’entretien et de petit équipement. Il s’agit ici d’achats consommables, non immobilisables, sans prestation de service associée. Par exemple, si vous équipez votre boutique de sacs de tri sélectif ou votre cuisine de seaux à bio-déchets de faible valeur, l’enregistrement en 6063 permet de les regrouper avec les autres fournitures d’entretien.

Cette approche est cohérente avec le Plan comptable général qui classe les fournitures consommées dans la série 60. Elle permet aussi de distinguer clairement ces achats ponctuels de la prestation d’enlèvement ou de traitement, qui est un service récurrent. Comptabiliser les sacs ou bacs légers dans un compte 62 brouillerait la lecture de vos services extérieurs, alors que ces fournitures se rapprochent davantage des produits d’entretien ou des consommables de nettoyage déjà ventilés en 6063.

Enregistrement en 615 ou 6155 « entretien et réparations » pour la maintenance des équipements de collecte

Dès qu’il s’agit de maintenir en état des installations ou matériels de collecte des déchets ménagers (local poubelles, compacteur, système de ventilation, aire bétonnée, porte coupe-feu du local), la logique change. Les interventions d’entretien courant, de réparation ou de mise en conformité relèvent du compte 615 – Entretien et réparations, éventuellement en sous-compte 6155 si votre plan comptable interne détaille les travaux immobilier/technique.

Un contrat de maintenance annuel sur un compacteur de déchets ou sur un système de lavage de bacs se comptabilise ainsi en 615, au même titre que l’entretien des installations techniques. Cette ventilation est utile si vous souhaitez, par exemple, suivre le coût total de vos locaux par centre de coûts. Elle sépare la charge liée à la “durée de vie” des équipements d’ordures ménagères de la simple prestation de collecte, qui relève davantage du compte 62 et n’a pas la même logique de préservation d’actif.

Utilisation du compte 6281 « divers » pour les prestations de collecte des déchets ménagers par un prestataire externe

Lorsque vous faites appel à une société privée (Veolia, Suez, Nicollin ou autre) pour la collecte, le tri et le transport de vos ordures ménagères, il s’agit clairement d’un service extérieur. Par défaut, le Plan comptable général recommande l’usage du compte 6288 – Traitement des déchets à créer en sous-compte du 628. Dans de nombreux plans personnalisés, ce sous-compte est classé parmi les comptes de type 6281 ou 6288 “Divers” afin de distinguer les prestations variées.

L’idée est d’éviter de confondre ces prestations avec des 604 – Achats d’études et prestations de services, qui entrent souvent dans le calcul de la marge. Une facture mensuelle de collecte des déchets ménagers d’un montant de 1 500 € HT, avec TVA à 5,5 % dans le cadre des évolutions prévues par le PLF 2026, se comptabilise typiquement par le débit de 6288 “Traitement des déchets” et 44566 “TVA déductible”, contre le crédit de 401 “Fournisseurs”. Ce choix facilite par la suite une analyse fine du coût de gestion des déchets par site ou par activité.

Traitement spécifique des redevances d’enlèvement des ordures ménagères (REOM) dans les comptes de charges

La redevance d’enlèvement des ordures ménagères (REOM) se distingue fondamentalement de la TEOM. Elle finance un service public industriel et commercial (SPIC) et repose sur le principe “pollueur-payeur”, avec une facturation en fonction du service rendu (volume, fréquence, poids, nombre de levées). Comptablement, pour une entreprise qui reçoit une facture de REOM d’une collectivité ou d’un syndicat de traitement, il s’agit d’un service d’enlèvement assorti d’une tarification, non d’un impôt foncier.

Le plus cohérent est de comptabiliser la REOM dans un compte de type 6288 – Traitement des déchets ou, lorsque la collectivité la qualifie explicitement de redevance spéciale pour les déchets non ménagers, dans un compte 6378 – Autres impôts, taxes et versements assimilés si la nomenclature locale le prévoit. Cette distinction est importante : dans le premier cas, la charge est clairement identifiée comme un service ; dans le second, elle est assimilée à une redevance assimilable à une taxe locale, parfois indispensable pour répondre aux demandes d’information des services fiscaux ou des chambres régionales des comptes.

Distinction entre charges externes (62) et impôts et taxes (63) pour la taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM)

La taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM), intégrée à la taxe foncière, n’est pas un service acheté mais une obligation fiscale. Elle doit donc être enregistrée dans la classe 63, plus précisément en 63513 – Autres impôts locaux lorsque la ventilation est détaillée, même si certains praticiens utilisent encore le 63512 par simplification. L’administration fiscale recouvre cette taxe via le Trésor public, et elle est due même en l’absence de production d’ordures ou de volume collecté, ce qui confirme sa nature d’impôt et non de redevance proportionnelle.

Pourquoi ne pas l’enregistrer en compte de charges externes 614 ou 628 ? Parce qu’un compte de type 62 suppose un service que vous choisissez d’acheter, avec un contrat commercial et une prestation définie. La TEOM constitue une imposition locale obligatoire, calculée sur la valeur locative cadastrale, et non sur la quantité de déchets. Sa comptabilisation en 63 garantit la cohérence avec le Plan comptable général et facilite le suivi des impôts et taxes dans vos états financiers.

Traitement comptable de la TEOM et TEOMI : imposition locale liée aux ordures ménagères

Enregistrement de la TEOM au compte 63512 « taxes foncières » sur les avis d’imposition reçus

Sur l’avis de taxe foncière, la TEOM apparaît souvent dans un tableau distinct, aux côtés de la taxe foncière bâtie (TFB) proprement dite. D’un point de vue comptable, l’entreprise propriétaire d’un immeuble enregistre la taxe foncière en 63512 – Taxes foncières et la TEOM en 63513 – Autres impôts locaux, en séparant les montants. Cette ventilation permet ensuite, le cas échéant, de refacturer la seule TEOM au locataire, sans lui imputer la taxe foncière non récupérable.

Lorsque l’exercice comptable ne coïncide pas avec l’année civile (par exemple, clôture au 30 juin), une écriture de charges à payer doit être passée pour rattacher la TEOM à l’exercice concerné. L’écriture de fin d’exercice débite 63513 et crédite 4486 “État – charges à payer”, qui sera contrepassé au début du nouvel exercice contre la banque. Ce traitement assure un rattachement correct des impôts locaux au bon exercice, élément crucial pour la fiabilité de votre résultat imposable.

Cas des locations : refacturation de la TEOM au locataire et impact sur les comptes 708 et 614

La TEOM figure parmi les charges récupérables auprès du locataire, au même titre que certaines charges de copropriété. Côté bailleur (SCI, foncière, particulier en comptabilité), la comptabilisation se fait en deux temps : d’abord l’enregistrement de la taxe au débit de 63513 et au crédit du compte d’impôts État ou Trésor, puis la refacturation au locataire via un produit. Ce produit se comptabilise généralement en 708 – Produits des activités annexes, avec TVA si le bail est soumis à TVA, et au débit du compte 411 “Clients”.

Côté locataire professionnel, la TEOM refacturée est incluse dans les 614 – Charges locatives et de copropriété, au même titre que l’eau, l’électricité des communs ou l’entretien des parties communes. La pratique des provisions pour charges (appel trimestriel, régularisation annuelle) suppose une bonne documentation : décompte du syndic, copie de l’avis de taxe foncière, tableau de répartition par lot. Une gestion imprécise peut entraîner des litiges sur les charges récupérables, notamment lorsque la TEOM dépasse plusieurs milliers d’euros sur de grandes surfaces commerciales.

Particularités de la TEOM incitative (TEOMI) et suivi analytique des coûts de déchets ménagers

La TEOM incitative (TEOMI) introduit une part variable en fonction du nombre de levées de bacs, du volume ou du poids des déchets. Comptablement, elle reste une taxe locale rattachée à la taxe foncière, et donc à comptabiliser en 63. Toutefois, pour le pilotage interne, il devient pertinent de suivre la part incitative dans un axe analytique dédié : centre de coûts “déchets”, analytique “TEOMI”, ou même ventilation par site pour les groupes multi-établissements.

Cette évolution s’inscrit dans un mouvement plus large de verdissement de la fiscalité des déchets : hausse programmée de la taxe générale sur les activités polluantes (TGAP) entre 2026 et 2030, nouvelles taxes sur les emballages plastiques non recyclés dues par les éco-organismes, encouragement à la tarification incitative. Un suivi analytique fin permet de mesurer l’effet des actions de réduction des déchets (tri à la source, compaction, revente de certaines matières) sur la part variable de la TEOMI, et in fine d’ajuster votre stratégie environnementale et économique.

Ventilation TEOM / autres taxes foncières dans le logiciel de comptabilité (sage, cegid, quadratus)

Dans les principaux logiciels de comptabilité (Sage, Cegid, Quadratus, etc.), la bonne pratique consiste à créer des sous-comptes spécifiques pour la TEOM, distincts de la taxe foncière. Par exemple, 635121 pour la TFB et 635131 pour la TEOM. La saisie de l’avis d’imposition passe souvent par un modèle d’écriture ou une fonction d’import, permettant d’automatiser la ventilation des lignes de l’avis.

Type de taxe Compte conseillé Particularité
Taxe foncière bâtie (hors TEOM) 63512 – Taxes foncières Non récupérable en logement, parfois récupérée en bail commercial
TEOM / TEOMI 63513 – Autres impôts locaux Charge récupérable, refacturable au locataire via compte 708

Une bonne ventilation facilite ensuite la génération des décomptes de charges, l’édition des annexes comptables et la réponse aux demandes d’audit. Pour les SCI soumises à la déclaration 2072, le respect des racines de comptes attendues par l’administration demeure essentiel. Les paramétrages dans Sage ou Cegid permettent, par exemple, d’associer automatiquement le sous-compte 63513 au poste “Autres impôts locaux” de la liasse, tout en conservant une vision détaillée de la composante “ordures ménagères”.

Ordures ménagères en comptabilité d’entreprise : exemples pratiques (TPE, commerce de détail, restauration)

Enregistrement des factures de collecte des déchets pour un restaurant (tri des déchets alimentaires et emballages)

Un restaurant produit une forte proportion de déchets alimentaires et d’emballages. Souvent, un prestataire prend en charge la collecte des biodéchets (obligation renforcée par les textes récents), tandis qu’un autre gère les cartons et plastiques. Chaque facture de collecte et de traitement des déchets ménagers ou assimilés se comptabilise en 6288 – Traitement des déchets, avec TVA au taux applicable, généralement 5,5 % pour les prestations de collecte et de traitement achetées par les collectivités, et 20 % pour certaines prestations privées.

Concrètement, une facture mensuelle de 300 € HT de collecte de biodéchets générera l’écriture suivante : débit 6288 pour 300 €, débit 44566 pour 60 €, crédit 401 pour 360 €. Ce traitement vous permet, en fin d’exercice, de mesurer le coût complet de la gestion des déchets par rapport au chiffre d’affaires. Dans la restauration, ce ratio devient un indicateur pertinent, surtout si la TEOM incitative renforce le lien entre gaspillage alimentaire et fiscalité locale.

Comptabilisation des coûts de gestion des ordures ménagères pour un supermarché (bennes, compacteurs, prestataire VEOLIA ou SUEZ)

Un supermarché combine généralement plusieurs postes liés aux ordures ménagères : location ou amortissement de bennes et compacteurs, maintenance des équipements, contrats de collecte avec un grand prestataire, achat de consommables (sacs, film plastique). La bonne pratique consiste à ventiler ces coûts selon leur nature : fournitures en 6063, maintenance des équipements en 615, prestations de collecte en 6288, taxes locales en 63513.

Pour une chaîne de magasins, une base de données analytique par magasin et par type de charges de déchets permet de comparer l’efficacité des dispositifs mis en place. Pourquoi un point de vente A paie-t-il 30 % de plus de TEOM ou de prestation de collecte que le point de vente B pour des surfaces comparables ? Un suivi rigoureux par comptes et centres de coûts donne des leviers d’optimisation, en renforçant par exemple les consignes de tri ou en rénégociant certains contrats de collecte.

Traitement des charges d’ordures ménagères pour un bailleur professionnel : charges récupérables vs non récupérables

Pour un bailleur professionnel (SCI, foncière, société d’exploitation immobilière), la distinction entre charges récupérables et non récupérables est centrale. La TEOM, indiquée sur l’avis de taxe foncière, est récupérable auprès du locataire et donc refacturée via un produit en 708. En revanche, certaines dépenses restent à la charge définitive du bailleur : grosses réparations, honoraires de gestion, éventuelle partie non récupérable des frais de gardiennage.

Sur le plan pratique, les appels de provisions pour charges adressés au locataire comprennent souvent une quote-part de TEOM estimée sur la base de l’année N-1, puis régularisée en N+1 lorsque l’avis d’imposition définitif est connu. Pour éviter des contestations, il est utile de communiquer les détails de la TEOM, les clés de répartition et, en cas de départ du locataire en cours d’année, d’appliquer un prorata temporis raisonnable, même si la taxe est due sur l’année entière par le propriétaire.

Suivi mensuel des charges d’enlèvement des déchets ménagers via un journal d’achats dédié

Pour une TPE ou PME, le plus simple reste souvent de regrouper toutes les charges liées au traitement des déchets dans un journal d’achats dédié “Déchets / environnement”. Ce journal regroupe les factures de prestataires de collecte, les achats de fournitures spécifiques, les redevances spéciales, éventuellement certaines éco-participations. L’objectif est de créer un “panier” de charges environnementales facilement analysable au fil de l’année.

  • Suivre l’évolution mensuelle du coût global de gestion des ordures ménagères.
  • Identifier les pics saisonniers (soldes, fêtes de fin d’année, campagnes promotionnelles).
  • Préparer des budgets et négocier plus efficacement avec les prestataires.

En liant ce journal à un axe analytique “déchets ménagers”, vous pouvez assez simplement produire des états de synthèse pour vos dirigeants, votre expert-comptable ou vos financeurs, surtout si un projet de certification environnementale ou de labellisation RSE est en cours.

Normes et référentiels : traitement des charges de déchets ménagers selon le PCG et les normes IFRS

Le Plan comptable général (PCG) encadre de manière explicite la classification des charges d’exploitation, notamment au sein de la classe 6. Les charges liées aux déchets ménagers sont ventilées entre comptes de fournitures (60), services extérieurs (61-62) et impôts et taxes (63). Cette structure reste la référence pour la majorité des entreprises françaises, y compris les SCI, les TPE et les associations. Dans ce cadre, l’usage des comptes 6288 “Traitement des déchets” et 63513 “Autres impôts locaux” s’inscrit pleinement dans la logique du PCG.

Sous normes IFRS, le principe est similaire : les coûts liés à la gestion courante des déchets ménagers sont considérés comme des charges d’exploitation, portées en résultat, sauf cas particuliers d’obligations de remise en état de site ou de démantèlement incluses dans le coût d’un actif. Les taxes locales de type TEOM sont intégrées dans les “taxes autres que celles sur le résultat” et ne remettent pas en cause la présentation globale des états financiers. La différence principale tient davantage aux obligations d’informations en annexe et aux estimations d’engagements environnementaux qu’à la nature même des charges.

Entre PCG et IFRS, la cohérence prime : les coûts de déchets ménagers restent des charges d’exploitation, mais les obligations de transparence et de suivi des risques environnementaux se renforcent.

Les évolutions récentes (hausse programmée de la TGAP, fiscalité sur les plastiques non recyclés, TEOM incitative) accentuent l’importance d’un suivi structuré. Pour une entreprise cotée appliquant les IFRS, ces éléments peuvent impacter les indicateurs ESG (Environnement, Social, Gouvernance) et faire l’objet de commentaires spécifiques dans le rapport de gestion ou le reporting extra-financier, notamment lorsque la gestion des déchets constitue un enjeu matériel pour l’activité.

Optimisation fiscale et contrôle interne des charges liées aux ordures ménagères

Sur le plan fiscal, les charges liées aux ordures ménagères – qu’il s’agisse de prestations de traitement en 6288 ou d’impôts locaux en 63513 – sont en principe déductibles du résultat imposable, dès lors qu’elles sont nécessitées par l’activité professionnelle. La TEOM, par exemple, est reconnue comme une charge d’exploitation et vient diminuer le résultat fiscal de l’entreprise. Le véritable enjeu réside moins dans la déductibilité que dans la justification et la traçabilité de ces charges, en cas de contrôle fiscal ou de contestation par un locataire.

Un dispositif de contrôle interne simple peut reposer sur quelques réflexes : vérification systématique des avis de taxe foncière et de la ligne TEOM, rapprochement des factures de prestataires de collecte avec les contrats signés, suivi des clés de répartition des charges entre locataires, documentation des hypothèses utilisées pour les provisions de charges. L’objectif est double : sécuriser la déductibilité fiscale et éviter les surcoûts liés à des erreurs de ventilation ou à des refacturations mal fondées.

  • Comparer chaque année le montant total TEOM + prestations de traitement au tonnage de déchets évacués.
  • Intégrer les hausses prévisibles de TGAP et de TEOMI dans les budgets prévisionnels.
  • Analyser les écarts entre provisions de charges et charges réelles pour ajuster vos appels de provisions.

En parallèle, les incitations réglementaires à la réduction des déchets (objectifs nationaux de réduction, obligations de tri à la source, nouvelles filières REP) créent des opportunités d’optimisation économique. En améliorant le tri et la valorisation, vous réduisez potentiellement votre TEOM incitative, vos coûts de collecte résiduelle et parfois même obtenez des recettes de revente de matières (carton, métal), à comptabiliser en 7088 – Autres produits d’activités annexes. L’analogie avec l’énergie est parlante : un meilleur pilotage réduit aussi bien la facture que l’empreinte environnementale.

Cas particuliers : collectivités, syndicats de traitement des déchets (SYCTOM, SIVED, etc.) et budgets annexes déchets

Pour les collectivités territoriales et les syndicats de traitement des déchets (SYCTOM, SIVED, SMICTOM, etc.), la comptabilisation des ordures ménagères obéit à une logique de comptabilité publique, avec souvent un budget annexe déchets dédié. Ce budget retrace l’intégralité des coûts du service public d’élimination des déchets ménagers : collecte, traitement, amortissement des installations, taxes environnementales, communication, ainsi que les produits correspondants : TEOM, REOM, redevances spéciales, contributions des éco-organismes.

Dans ce cadre, la redevance d’enlèvement des ordures ménagères (REOM) doit couvrir l’intégralité des coûts du service, sans subvention cachée du budget général. Les écritures budgétaires et comptables visent la transparence vis-à-vis des usagers, des élus et des organismes de contrôle. Le recours croissant à la TEOM incitative ou à la REOM, mis en avant dans de nombreuses publications spécialisées, traduit une volonté d’aligner le financement du service sur la quantité de déchets produite, tout en maîtrisant une dépense qui a dépassé 21 Md€ à l’échelle nationale.

Pour les entreprises en relation avec ces structures (exploitants de centres de tri, opérateurs privés, prestataires techniques), bien comprendre les mécanismes de financement locaux permet d’anticiper les hausses de facturation, d’ajuster les offres commerciales et de dialoguer plus efficacement avec les collectivités. L’augmentation programmée de la TGAP sur l’enfouissement (de 65 € à 105 € par tonne d’ici 2030) ou sur l’incinération (de 20 € à 45 € par tonne) se répercutera progressivement sur les contrats et donc sur le coût final des ordures ménagères dans vos comptes.

La comptabilité des déchets ménagers devient un véritable outil de pilotage budgétaire et environnemental, aussi bien pour les entreprises que pour les collectivités et syndicats de traitement.

Pour vous, dirigeant, comptable ou gestionnaire, un schéma cohérent de comptes – 6063 pour les fournitures, 615 pour l’entretien, 6288 pour les prestations de traitement, 63513 pour la TEOM, 708/706 pour les refacturations ou produits de valorisation – offre une base solide pour suivre ce poste de charges en pleine mutation réglementaire, financière et écologique, tout en garantissant la fiabilité de vos états financiers.

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