S’installer à Londres tout en gardant un statut de micro-entrepreneur français séduit de plus en plus de freelances, consultants et créateurs de services digitaux. Entre la liberté du régime micro-BIC / micro-BNC et l’énergie de l’écosystème londonien, la combinaison semble idéale. Pourtant, dès que vous passez plus de quelques mois sur place, la réalité juridique, fiscale et sociale devient bien plus technique. Où payer vos impôts ? Quel statut déclarer à HMRC ? Comment rester dans les clous de la convention fiscale France–Royaume-Uni tout en continuant à développer votre clientèle britannique ? Un cadre clair évite les erreurs coûteuses et vous permet de vous concentrer sur votre activité plutôt que sur l’administratif.
Statut de micro-entrepreneur à londres : cadre juridique UK vs régime micro français
Différences entre sole trader britannique et micro-entrepreneur français : HMRC, URSSAF, companies house
En France, le régime de micro-entreprise est un régime fiscal et social simplifié, géré face à l’URSSAF pour les cotisations et à la Direction générale des finances publiques pour l’impôt. À Londres, l’équivalent fonctionnel le plus proche est le statut de sole trader, administré par HMRC (Her Majesty’s Revenue and Customs). La nuance importante : en France, le micro est un régime de simplification, pas une forme juridique; au Royaume-Uni, le sole trader est une forme d’entreprise individuelle à part entière. Aucun passage obligatoire par Companies House pour un sole trader, sauf en cas de création d’une Limited Company.
Pour un micro-entrepreneur basé à Londres, cela crée souvent un “double étage” : micro-entreprise en France d’un côté, reconnaissance comme self-employed ou director de Ltd auprès de HMRC de l’autre. Là où le régime français impose des plafonds de chiffre d’affaires et un calcul forfaitaire des charges, le sole trader britannique est imposé sur le bénéfice réel, avec déduction des frais. Cette différence de logique impacte directement vos choix de structure si votre activité devient principalement localisée au Royaume-Uni.
Résidence fiscale, convention fiscale France–Royaume-Uni et règles de double imposition
Le point central pour un micro-entrepreneur à Londres reste votre résidence fiscale. En pratique, si vous vivez plus de 183 jours par an au Royaume-Uni et que votre centre d’intérêts vitaux (logement principal, famille, activité) est à Londres, vous devenez généralement résident fiscal britannique. Dans ce cas, la convention fiscale France–Royaume-Uni entre en jeu pour éviter la double imposition. Elle reprend largement le modèle OCDE et attribue en principe l’imposition des revenus professionnels au pays où l’activité est exercée physiquement.
Concrètement, si vous facturez vos clients français via votre micro-entreprise mais travaillez depuis un coworking à Shoreditch, le Royaume-Uni peut considérer que vos revenus relèvent de l’Income Tax britannique. La France garde un droit théorique d’imposer, mais doit accorder un crédit d’impôt ou une exemption. Sans cadre clair, vous risquez de déclarer deux fois ou, à l’inverse, de ne rien déclarer correctement dans un des pays, ce qui expose à des redressements ultérieurs.
Notions de “permanent establishment”, établissement stable et impact sur l’impôt sur les sociétés
La notion d’établissement stable concerne surtout les sociétés (SARL, SAS, Ltd), mais elle touche indirectement les micro-entrepreneurs qui créent une structure à Londres. Dès lors qu’une entreprise française dispose d’un bureau fixe, d’un représentant disposant de pouvoirs de signature ou d’une présence continue au Royaume-Uni, HMRC peut considérer qu’il existe un permanent establishment. Les bénéfices attribuables à cette base fixe deviennent alors imposables à l’impôt sur les sociétés britannique.
Pour un indépendant qui crée une Limited Company à Londres tout en gardant sa micro-entreprise, le risque est la confusion des activités et des flux. Si votre Ltd gère de fait le cœur de l’activité et dispose de votre bureau à Londres, l’administration française pourra considérer que la micro-entreprise n’a plus de réalité économique. L’impact n’est pas seulement fiscal : il peut remettre en cause la validité de votre régime micro et entraîner une requalification lourde sur plusieurs années.
Compatibilité du régime micro-BIC / micro-BNC avec une activité exercée à londres
Le régime micro-BIC / micro-BNC suppose en principe que l’activité est exercée en France, même si la loi ne l’écrit pas noir sur blanc. Dès que votre activité se déroule essentiellement à l’étranger et que vous devenez non-résident, la logique du micro se fissure. L’URSSAF continue certes d’accepter des déclarations de chiffre d’affaires tant que vous n’avez pas radié votre SIRET, mais le droit international de la sécurité sociale et la convention fiscale franco-britannique pointent vers une affiliation au régime britannique si vous travaillez à Londres plus de deux ans sans détachement.
Pour un séjour court (quelques mois par an) avec maintien du foyer fiscal en France, l’usage du régime micro reste défendable. Pour une installation durable à Londres, il devient cohérent de basculer vers un statut local (sole trader ou Limited) et de traiter votre micro-entreprise comme close ou en sommeil. Cette transition doit être planifiée, notamment si vous approchez les plafonds ou si votre clientèle devient majoritairement britannique.
Obligations administratives à londres : déclarations HMRC, enregistrement NIN et visas
Demande de national insurance number (NIN) pour travailleur indépendant basé à londres
Le National Insurance Number (NIN) est l’équivalent britannique de votre numéro de Sécurité sociale. Pour travailler comme indépendant à Londres, ce numéro reste indispensable, même si HMRC accepte parfois de vous enregistrer sans, en promettant de le communiquer dès obtention. La demande se fait généralement en ligne ou par téléphone, puis via un rendez-vous pour vérification d’identité. Les délais sont variables, souvent entre 2 et 8 semaines, ce qui impose d’anticiper avant de lancer une activité de micro-entrepreneur à Londres.
Sans NIN, vous restez techniquement dans un flou pour le paiement des contributions National Insurance (Class 2 et Class 4). Cela ne bloque pas les missions à court terme, mais rend plus complexe la gestion de vos droits sociaux (retraite d’État, prestations, validation d’années de cotisation) et peut compliquer certaines démarches, comme l’ouverture d’un compte bancaire professionnel ou la location d’un logement.
Inscription en tant que self-employed auprès de HM revenue & customs (self assessment)
Dès que vous êtes résident au Royaume-Uni et que vous exercez une activité indépendante, HMRC attend une inscription en tant que self-employed. Cela passe par le régime de Self Assessment : vous vous enregistrez en ligne, HMRC vous attribue un UTR (Unique Taxpayer Reference), et vous êtes tenu de déposer une déclaration annuelle de revenus. Cette obligation s’applique même si vous gardez une micro-entreprise en France et que vos clients sont français, dès lors que le travail est exercé depuis Londres.
HMRC utilise ensuite ces informations pour calculer votre Income Tax et vos contributions National Insurance. Le non-respect des délais (31 janvier pour la déclaration en ligne) entraîne rapidement amendes et intérêts. Dans un contexte où vous jonglez déjà avec les déclarations URSSAF et françaises, un calendrier clair évite de vous retrouver à devoir justifier plusieurs années d’arriérés devant deux administrations simultanément.
Articulation entre visa skilled worker, graduate, start-up et activité de micro-entreprise
Depuis le Brexit, un citoyen français ne peut plus simplement “s’installer” à Londres en travaillant en freelance. Sans visa adéquat, le séjour est limité à 6 mois et strictement sans activité rémunérée. Les principaux visas de travail – Skilled Worker, Graduate, Innovator Founder ou anciens Start-up Visa – encadrent fermement les activités autorisées. Un Skilled Worker, par exemple, est sponsorisé par un employeur britannique et censé travailler principalement pour celui-ci, pas développer librement une micro-entreprise parallèle.
Un visa Innovator Founder peut en théorie convenir pour créer une activité de consulting innovante, mais il exige un projet validé par un organisme agréé et une vraie ambition de croissance. À l’inverse, un Graduate visa offre plus de souplesse pour tester une activité freelance après des études au Royaume-Uni. La compatibilité entre visa et micro-entreprise doit être analysée au cas par cas, de préférence avec un avocat en immigration, car une activité indépendante non autorisée peut compromettre le renouvellement de votre titre de séjour.
Adresse professionnelle à londres : utilisation d’un virtual office à canary wharf ou old street
Pour un micro-entrepreneur français à Londres, l’usage d’un virtual office peut apporter un vrai plus en crédibilité, surtout si vos clients sont corporates ou dans la finance. Des adresses à Canary Wharf, la City ou Old Street (“Silicon Roundabout”) permettent d’afficher une présence “business” même si vous travaillez depuis un coworking ou votre logement. Cette adresse sert pour votre correspondance, pour une Ltd, ou simplement pour vos communications commerciales.
Sur le plan juridique, un virtual office ne suffit pas à éviter la qualification de résidence fiscale britannique ni, inversement, à créer un établissement stable à lui seul. C’est un élément parmi d’autres : fréquence de présence, contrats signés, lieu de direction effective. L’avantage principal reste organisationnel : réception de courrier, scan des documents, salle de réunion ponctuelle pour rencontrer vos clients, ce qui améliore votre image tout en restant compatible avec une activité essentiellement digitale.
Cadre fiscal pour un micro-entrepreneur français installé à londres
Plafonds de chiffre d’affaires micro-entreprise (188 700 € / 77 700 €) et incidence d’une clientèle UK
Le régime micro-entreprise est conditionné à des plafonds de chiffre d’affaires : environ 188 700 € pour les activités de vente et 77 700 € pour les prestations de services et professions libérales (micro-BIC / micro-BNC). Ces seuils s’apprécient sur l’ensemble du chiffre d’affaires, y compris celui réalisé avec une clientèle britannique. Que vos clients soient à Paris, à Manchester ou à New York, tout ce que vous facturez via votre SIRET compte pour vérifier le respect des plafonds.
Pour un micro-entrepreneur français installé à Londres, l’enjeu se déplace : au-delà des plafonds, le régime bascule vers le réel, ce qui complique vos obligations françaises au moment même où vos obligations britanniques montent en puissance. Il devient alors pertinent de comparer le coût d’un maintien au micro avec celui d’une bascule vers une structure intégralement britannique, surtout si plus de 50 % de votre chiffre d’affaires provient de clients UK payés en livres sterling.
Imposition des revenus : income tax britannique vs impôt sur le revenu français (micro-BIC/micro-BNC)
Un résident fiscal britannique bénéficie d’une personal allowance d’environ 12 570 £ (montant indicatif) en dessous de laquelle il ne paie pas d’Income Tax. Au-delà, les tranches montent à 20 %, 40 % puis 45 % pour les hauts revenus. En micro-BIC / micro-BNC, l’impôt français est calculé après abattement forfaitaire (71 %, 50 % ou 34 % selon l’activité), puis taxé au barème ou au prélèvement libératoire si vous y avez opté.
Pour un micro-entrepreneur à Londres, la question est simple : l’administration française ou britannique a-t-elle la priorité? En pratique, si vous travaillez physiquement à Londres la majeure partie de l’année, l’Income Tax britannique aura vocation à taxer vos bénéfices, même si vous émettez encore des factures au format français. La France devra, via la convention, atténuer sa propre imposition pour éviter une double taxation complète, mais exigera souvent une déclaration informative.
Application de la convention OCDE France–UK : crédit d’impôt, méthode d’exemption et formulaires
La convention fiscale France–Royaume-Uni s’appuie sur deux grands mécanismes : le crédit d’impôt et l’exemption avec progression. Pour la plupart des revenus professionnels indépendants, lorsque le travail est exercé au Royaume-Uni, la France applique en pratique un crédit d’impôt égal à l’impôt français correspondant, neutralisant son effet. Cela n’épargne pas la formalité de déclaration française, mais évite que vous payiez deux fois sur le même revenu.
Du côté britannique, HMRC s’attend à ce qu’un résident fiscal déclare l’intégralité de ses revenus mondiaux, y compris ceux déclarés en micro en France. En cas d’impôt déjà payé en France (par exemple si votre résidence bascule en cours d’année), HMRC peut, sous conditions, accorder un foreign tax credit. Cette mécanique suppose un archivage rigoureux de vos avis d’imposition et un dialogue précis avec un expert-comptable connaissant la convention OCDE.
Règles de TVA : franchise en base française, VAT threshold UK (85 000 £) et services digitaux
En micro-entreprise, la franchise en base de TVA permet de facturer sans TVA tant que vous restez sous certains seuils (77 700 € pour les services). Pour des prestations de services à des entreprises britanniques (B2B), la règle générale depuis le Brexit est celle de l’export de services : vous facturez hors TVA française, votre client s’auto-liquidant la TVA UK si nécessaire. Côté Royaume-Uni, l’enregistrement à la TVA devient obligatoire à partir d’environ 85 000 £ de CA annuel réalisé sur le territoire britannique.
Pour un indépendant qui exerce à Londres, la question n’est plus seulement de respecter la franchise française, mais aussi de surveiller le seuil de VAT registration au Royaume-Uni. Les services digitaux directs à des consommateurs (B2C) peuvent de leur côté basculer dans des régimes spécifiques de TVA, selon le lieu du client et la nature des services. Une activité SaaS ou e-learning gérée depuis Londres mérite un audit fiscal dédié, sous peine de se retrouver à gérer une double immatriculation TVA France–UK plus complexe qu’anticipé.
Gestion des flux en devises : facturation en GBP, conversion en euros et traitement comptable
Facturer en livres sterling à ses clients londoniens tout en restant micro-entrepreneur français crée un enjeu de change. L’URSSAF vous demande de déclarer votre chiffre d’affaires en euros; il faut donc convertir chaque facture GBP en EUR au taux en vigueur à la date d’encaissement ou utiliser un taux moyen annuel documenté. En parallèle, HMRC attend de votre côté une comptabilité en GBP, ce qui impose parfois une “double vision” des mêmes flux.
Des comptes multi-devises (Wise, Revolut, banques digitales UK) facilitent la réception de paiements en GBP et la conversion à des frais raisonnables. D’un point de vue pilotage, suivre vos marges en livres et en euros permet d’anticiper l’impact des fluctuations de change sur votre revenu réel. Pour un micro-entrepreneur à Londres, ignorer le risque de change revient à avancer à vue dans un tunnel : une variation de quelques pourcents de la paire EUR/GBP sur l’année peut effacer une partie de votre marge si vos tarifs n’ont pas été ajustés.
Protection sociale et couverture santé du micro-entrepreneur à londres
Cotisations sociales URSSAF vs contributions national insurance (class 2, class 4)
Le cœur du régime micro repose sur le paiement de cotisations sociales à l’URSSAF, en pourcentage du chiffre d’affaires (environ 22 % pour les prestations de services). Ce pourcentage couvre l’assurance maladie, la retraite de base, la retraite complémentaire et diverses contributions sociales. Au Royaume-Uni, un self-employed paie des contributions National Insurance de Class 2 (forfait annuel modeste) et de Class 4 (pourcentage du bénéfice au-delà d’un seuil), ainsi que l’Income Tax.
Pour un micro-entrepreneur installé à Londres, la question n’est pas seulement le niveau global de prélèvements, mais aussi le lieu de l’affiliation. Si vous êtes reconnu comme travailleur détaché pour moins de 24 mois, un formulaire A1 peut maintenir vos cotisations en France. Au-delà ou sans détachement, le principe est de cotiser là où l’activité est exercée, c’est-à-dire au Royaume-Uni. Une double affiliation URSSAF + National Insurance est normalement exclue, mais un mauvais paramétrage de votre situation peut aboutir à cette situation de fait si aucun organisme n’est informé de votre expatriation.
Inscription au NHS à londres et articulation avec la caisse des français de l’étranger (CFE)
Le NHS est un système de santé universel financé par l’impôt et les contributions NI. Un résident habituel à Londres a droit à l’accès aux soins NHS, sous réserve d’un visa valable et du paiement éventuel de la Immigration Health Surcharge lors de la demande de visa. Une fois inscrit auprès d’un General Practitioner (GP), vous bénéficiez de consultations gratuites et d’une prise en charge hospitalière sans avance de frais, hormis certains tickets modérateurs (médicaments, lunettes, etc.).
La Caisse des Français de l’Étranger (CFE) permet de conserver une continuité de droits français en complément ou en alternative au NHS. Par exemple, un micro-entrepreneur à Londres peut adhérer à la CFE pour la maladie-maternité et la retraite tout en accédant au NHS pour les soins courants. Ce cumul, certes coûteux, offre une sécurité renforcée en cas de retour en France, d’hospitalisation lourde ou de besoin de soins programmés dans l’Hexagone.
Maintien du régime social français via détachement ou statut d’expatrié
Le détachement d’un indépendant français au Royaume-Uni reste possible pour une durée maximale de 24 mois, sous réserve de remplir les critères (activité habituellement exercée en France, caractère temporaire de la mission, maintien d’un lien économique substantiel avec la France). Dans ce cas, un formulaire A1 atteste que vous demeurez affilié au système français et exonéré de National Insurance. C’est particulièrement intéressant si vous avez déjà une carrière en cours en France et souhaitez éviter d’éparpiller vos droits.
Au-delà de la période de détachement ou en l’absence de ce dispositif, vous basculez dans un vrai statut d’expatrié. L’affiliation principale devient britannique, avec constitution de droits à la State Pension et au NHS. La coordination des régimes de retraite France–UK garantit la prise en compte de vos périodes travaillées dans les deux pays, mais l’équation financière (niveau futur des pensions, âge de départ, couverture invalidité) mérite une projection chiffrée, surtout si vous envisagez de rester à Londres plus de cinq ans.
Assurances privées pour indépendants : AXA global health, bupa, allianz care
Beaucoup de micro-entrepreneurs à Londres complètent NHS et CFE par une assurance santé privée internationale. Des acteurs comme AXA Global Health, Bupa ou Allianz Care proposent des contrats couvrant la médecine de ville privée, les hospitalisations rapides, voire des rapatriements ou des soins dans d’autres pays. Ce type de contrat devient presque incontournable si vous tenez à réduire les délais d’attente parfois très longs du NHS pour certaines spécialités.
En parallèle, des garanties de prévoyance (incapacité, invalidité, décès) méritent une attention particulière. Un micro-entrepreneur dépend étroitement de sa capacité à travailler; une incapacité de plusieurs mois, même temporaire, peut mettre en péril toute l’activité. Les assureurs internationaux connaissent bien ces profils nomades et adaptent leurs offres; l’enjeu consiste à choisir les bonnes franchises, exclusions et niveaux de couverture plutôt que de souscrire un contrat “générique” inadapté à la réalité d’un indépendant multi-pays.
Cadre comptable et obligations de tenue de livres entre londres et la france
Tenue des registres de recettes micro-entreprise et preuves exigées par HMRC
En micro-entreprise, la tenue comptable se limite officiellement à un livre des recettes (et des achats pour certaines activités), avec conservation des factures émises et reçues. L’URSSAF peut toutefois exiger des justificatifs précis en cas de contrôle, notamment si votre activité à l’étranger ou vos variations de chiffre d’affaires paraissent atypiques. À Londres, HMRC va plus loin : même comme sole trader, il attend une comptabilité chronologique de vos recettes et dépenses, permettant de calculer un bénéfice net vérifiable.
La cohabitation des deux systèmes implique de conserver une trace claire de chaque facture, de chaque encaissement et de chaque charge professionnelle, idéalement avec une catégorisation compatible France–UK. Quelques heures investies dans une structure de dossiers numériques propre (par client, par mois, par pays) font gagner des jours entiers si un contrôle survient de part et d’autre de la Manche.
Logiciels de facturation compatibles France–UK : freebe, tiime, QuickBooks, xero
Côté facturation, certains outils adaptés au micro-entrepreneur français (Freebe, Tiime, etc.) gèrent très bien les obligations françaises mais restent limités pour la comptabilité britannique. À l’inverse, des solutions comme QuickBooks ou Xero répondent parfaitement aux exigences HMRC et au dispositif Making Tax Digital, mais ne génèrent pas toujours des documents conformes aux attentes françaises (mentions légales, numérotation, mentions TVA spécifiques).
Une approche hybride consiste à utiliser un outil “français” pour la micro-entreprise et un outil “britannique” pour la partie HMRC, au risque de multiplier les interfaces. Une autre consiste à basculer vers un logiciel international capable de gérer plusieurs “entités” (France, UK) sous le même compte. Dans tous les cas, le paramétrage initial (devises, TVA, plans de comptes simplifiés) aura un impact majeur sur la lisibilité de vos chiffres, et donc sur vos décisions de développement.
Dématérialisation, conservation des justificatifs et conformité making tax digital
Le Royaume-Uni accélère sa transition numérique avec Making Tax Digital (MTD). Depuis 2022, les entreprises enregistrées à la TVA doivent transmettre leurs déclarations via un logiciel compatible MTD; cette extension est appelée à s’élargir aux indépendants à terme. La France suit une trajectoire similaire pour la facturation électronique B2B. Pour un micro-entrepreneur à Londres, ces deux dynamiques convergent vers un impératif : la dématérialisation complète et organisée des justificatifs.
Factures, relevés bancaires, contrats, notes de frais devraient être stockés dans un cloud structuré, avec sauvegarde et horodatage fiable. Une conservation de 6 à 10 ans est généralement recommandée selon la nature du document. Au-delà de la conformité, cette discipline vous donne une visibilité en temps réel sur votre activité, comparable à un tableau de bord de cockpit : niveau d’activité France/UK, marges par type de mission, dépendance à un client majeur.
Secteurs d’activité porteurs pour micro-entrepreneurs français à londres
Freelances IT et créatifs à shoreditch, soho et silicon roundabout (développeurs, UX, motion design)
Londres reste l’un des principaux hubs tech européens, malgré le Brexit. Autour de Shoreditch, Soho et du “Silicon Roundabout” à Old Street, la demande en freelances IT, développeurs, designers UX, motion designers et spécialistes de la création de contenu digital demeure élevée. Pour un micro-entrepreneur français, la combinaison “compétences techniques + culture produit européenne + bilinguisme” devient un vrai avantage compétitif, notamment auprès des scale-ups et agences créatives.
Ce positionnement permet d’appliquer des taux journaliers moyens supérieurs à ceux pratiqués en province française, tout en travaillant à distance ou en mode hybride. Les plateformes de mise en relation locales et les événements meetups permettent de construire un réseau en quelques mois. La clé reste d’adapter son offre et sa communication au standard anglo-saxon : portfolio en anglais, références clients explicites, maîtrise des termes techniques et des méthodologies agiles les plus courantes.
Consultants en finance et compliance à la city et canary wharf
La City et Canary Wharf concentrent plus de 150 000 investisseurs et un tissu dense d’établissements bancaires, de fonds et de fintechs. Les besoins en consultants indépendants en compliance, réglementation, risk management, finance de marché et transformation digitale restent soutenus. Un micro-entrepreneur français expérimenté, maîtrisant les normes européennes et britanniques, peut se positionner comme passerelle entre les deux environnements réglementaires.
La concurrence est forte, mais le marché valorise l’expertise pointue et la capacité à intervenir rapidement sur des projets structurants. Dans ce secteur, l’utilisation d’une Ltd ou d’un portage salarial local est parfois préférable au maintien d’une simple micro-entreprise française, ne serait-ce que pour répondre aux exigences de due diligence et de responsabilité contractuelle exigées par les grands comptes financiers britanniques.
Professions du bien-être et du coaching : personal trainers, yoga teachers, life coaches francophones
Le marché du bien-être à Londres a connu un boom ces dernières années, même après la pandémie. Personal trainers, professeurs de yoga, praticiens de disciplines douces et life coaches francophones trouvent une clientèle à la fois dans les quartiers résidentiels aisés (Chelsea, Notting Hill, Hampstead) et en ligne. La présence d’une importante communauté francophone crée un segment de niche pour des accompagnements en français, particulièrement recherchés pour le coaching de carrière, la gestion du stress ou la préparation à l’expatriation.
Pour ces activités, le statut de sole trader combiné à des assurances responsabilité civile professionnelle adaptées forme généralement un socle robuste. Le maintien d’une micro-entreprise française peut se justifier au début pour des clients restés en France, mais une migration progressive vers une base 100 % britannique permet souvent une gestion plus simple des assurances, des salles louées et des partenariats avec des studios ou des clubs de sport locaux.
Accompagnement francophone : cours de FLE, soutien scolaire, services aux expatriés à south kensington
South Kensington, Clapham, Ealing ou encore Wimbledon accueillent une forte population de familles françaises et francophones. Les besoins en cours de français langue étrangère (FLE), soutien scolaire bilingue, accompagnement à l’installation, services administratifs ou coaching d’orientation se multiplient. Pour un micro-entrepreneur français, proposer des prestations ciblées à cette communauté permet de démarrer rapidement un portefeuille de clients récurrents, avant d’éventuellement élargir vers une clientèle britannique.
Ce type d’activité se prête bien à un modèle hybride : interventions à domicile, en ligne et partenariats avec des écoles, associations ou chambres de commerce. La fiscalité reste relativement simple, mais la question du visa et de la résidence fiscale demeure centrale. En structurant correctement votre statut, il devient possible de bâtir une activité pérenne, ancrée à Londres, tout en conservant la souplesse et l’agilité qui font l’attrait du statut de micro-entrepreneur à l’international.
