Intermittent et auto-entrepreneur : cumul

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Le monde du spectacle vivant en France repose sur un équilibre subtil entre flexibilité professionnelle et protection sociale. Les artistes et techniciens du spectacle alternent souvent périodes d’activité intense et phases creuses, ce qui rend leur situation économique particulièrement fragile. Face à cette réalité, nombreux sont ceux qui envisagent de compléter leurs revenus en créant une micro-entreprise. Cette démarche soulève immédiatement une question fondamentale : est-il possible de cumuler le régime d’intermittent du spectacle avec le statut d’auto-entrepreneur ? La réponse nécessite une compréhension approfondie des cadres juridiques, fiscaux et sociaux qui régissent ces deux statuts. Entre opportunités de diversification et risques de requalification, le cumul des statuts exige une navigation prudente dans un environnement réglementaire complexe.

Cadre juridique du cumul statut intermittent du spectacle et micro-entreprise

La possibilité de cumuler une activité d’intermittent du spectacle avec une auto-entreprise repose sur un fondement législatif précis. Le cadre juridique français encadre strictement cette pratique pour éviter les dérives et protéger à la fois les droits des artistes et l’intégrité du système d’assurance chômage. Comprendre ces règles constitue la première étape indispensable avant de se lancer dans une telle démarche.

Article L7121-3 du code du travail et présomption de salariat

L’article L7121-3 du Code du travail établit un principe fondamental pour les artistes : la présomption de salariat. Selon ce texte, tout contrat par lequel une personne s’assure le concours d’un artiste du spectacle en vue de sa production est présumé être un contrat de travail. Cette disposition vise à protéger les artistes contre d’éventuels abus en garantissant leur statut de salarié et les avantages sociaux associés. Concrètement, cela signifie qu’un musicien ne peut pas facturer ses prestations musicales en tant qu’auto-entrepreneur si ces prestations relèvent normalement d’un contrat de travail d’artiste. La frontière entre activité salariée et activité indépendante doit être clairement définie et respectée. Un technicien du son peut par exemple exercer en auto-entreprise pour des prestations techniques, tandis qu’un comédien ne pourrait pas facturer ses cachets de théâtre sous ce régime.

Distinction entre activités artistiques et prestations commerciales

La clé du cumul réside dans la distinction nette entre l’activité exercée en tant qu’intermittent et celle développée en auto-entreprise. Un danseur professionnel intermittent peut parfaitement donner des cours de danse en micro-entreprise, car l’enseignement constitue une activité distincte de la performance scénique. De même, un technicien lumière peut proposer des prestations de conseil en éclairage ou vendre du matériel technique. L’administration et les tribunaux examinent toujours la nature réelle des prestations pour déterminer si elles relèvent légitimement du statut d’indépendant ou si elles devraient faire l’objet d’un contrat de travail. Les critères d’analyse incluent l’existence d’un lien de subordination, la fourniture de moyens de production par le donneur d’ordre, et la liberté d’organisation du prestataire. Environ 15% des intermittents du spectacle cumulent aujourd’hui leur activité avec une micro-entreprise, selon les données de l’URSSAF de 2023.

Jurisprudence de la cour de cassation sur le cumul des statuts

La Cour de Cassation a progressivement

clarifié le cadre du cumul intermittent–auto-entrepreneur en rappelant que la qualification juridique dépend des faits, et non du simple intitulé des contrats. À plusieurs reprises, elle a confirmé la requalification de contrats de prestation en contrats de travail lorsque l’artiste ou le technicien travaillait en réalité dans un lien de subordination (horaires imposés, matériel fourni, intégration dans une équipe permanente, absence de véritable autonomie commerciale). À l’inverse, la Cour admet le recours à la micro-entreprise dès lors que l’intervenant dispose d’une clientèle propre, fixe librement ses tarifs et organise lui‑même son activité. Pour vous, intermittent, cela signifie qu’il ne suffit pas “d’écrire auto‑entreprise sur la facture” : il faut que, dans les faits, la relation ressemble réellement à une prestation indépendante.

Les juges sont particulièrement vigilants lorsque le même donneur d’ordre fait travailler une personne tantôt en CDDU d’intermittent, tantôt en facture d’auto‑entrepreneur, pour des missions quasi identiques. Dans ces situations, la requalification en contrat de travail sur toute la période est fréquente, avec à la clé des rappels de cotisations, des indemnités de licenciement et parfois des sanctions pénales pour travail dissimulé. La jurisprudence rappelle ainsi que le cumul de statuts n’est pas un “outil d’optimisation” à la carte pour les employeurs, mais un dispositif encadré au service de la sécurisation de vos parcours professionnels.

Obligations déclaratives auprès de pôle emploi spectacle

Cumuler statut d’intermittent du spectacle et micro‑entreprise implique des obligations déclaratives renforcées auprès de France Travail (ex Pôle emploi), et en particulier de l’antenne “Spectacle”. Dès la création de votre auto‑entreprise, vous devez en informer votre conseiller via votre espace personnel et transmettre les justificatifs (récépissé de déclaration URSSAF, attestation d’affiliation, éventuellement extrait K ou K‑bis). Cette étape permet de mettre à jour votre dossier et d’éviter qu’une activité non déclarée ne soit ultérieurement considérée comme une fraude.

Chaque mois, lors de votre actualisation, vous devez répondre “oui” à la question sur l’exercice d’une activité non salariée si vous avez encaissé du chiffre d’affaires. Vous devez ensuite déclarer le montant exact de ce chiffre d’affaires sur la période, même si vous n’avez reçu aucun paiement de votre activité d’intermittent. France Travail applique ensuite ses propres abattements et convertit ce revenu en nombre de jours non indemnisables. En pratique, il est fortement recommandé de conserver un tableau de suivi mensuel (factures, dates d’encaissement, type de prestation) pour pouvoir justifier facilement les montants déclarés en cas de contrôle croisé URSSAF / France Travail.

Calcul des droits ARE-Spectacle avec revenus d’auto-entrepreneur

Impact des recettes BNC sur l’allocation journalière d’intermittent

Lorsque vous cumulez ARE‑Spectacle et revenus d’auto‑entrepreneur, l’allocation journalière n’est pas recalculée, mais le nombre de jours indemnisés dans le mois diminue. Pour les activités de micro‑entreprise relevant des bénéfices non commerciaux (BNC), France Travail considère que vos recettes représentent un revenu professionnel venant réduire vos jours “chômés”. Plus votre chiffre d’affaires auto‑entrepreneur est élevé, plus le nombre de jours d’indemnisation ARE est réduit. Vous restez intermittent, mais votre cumul ARE + revenus non salariés est plafonné.

En pratique, pour les BNC, France Travail applique un abattement pour charges professionnelles (proche de 34 %, nous y revenons) puis convertit le revenu net estimé en nombre de jours travaillés, en le rapportant à votre salaire journalier de référence ou, à défaut, au SMIC. C’est un peu comme si l’organisme “reconstituait” virtuellement des jours de travail indépendant. Si vous encaissez des montants importants sur un mois donné (par exemple le règlement groupé de plusieurs factures), vous pouvez voir votre indemnisation France Travail diminuer fortement, voire être nulle ce mois‑là, même si votre activité de spectacle a été réduite.

Mécanisme de déduction forfaitaire de 34,39% sur le chiffre d’affaires

Pour neutraliser la part de vos recettes correspondant à vos charges (frais de déplacement, matériel, logiciels, assurances, etc.), France Travail applique un abattement forfaitaire sur votre chiffre d’affaires d’auto‑entrepreneur. Pour les activités déclarées comme BNC, ce taux est très proche de l’abattement fiscal de 34 % (vous verrez parfois la mention technique de 34,39 % dans certains documents internes). Concrètement, si vous encaissez 1 000 € de chiffre d’affaires BNC, France Travail retiendra environ 660 € comme “revenu professionnel net” servant de base au calcul de la réduction de vos indemnités.

Ce mécanisme a un avantage : il évite d’avoir à produire tous vos justificatifs de dépenses pour chaque mois, ce qui serait très lourd administrativement. En revanche, il peut être défavorable si, dans la réalité, vos charges dépassent largement 34 % de votre chiffre d’affaires. C’est un peu comme un forfait téléphonique : pratique, mais pas toujours parfaitement adapté à votre consommation réelle. Vous devez donc anticiper cet abattement dans vos simulations de revenus pour éviter les mauvaises surprises sur vos paiements d’ARE‑Spectacle.

Déclaration mensuelle des revenus non salariés sur l’actualisation pôle emploi

Sur votre actualisation mensuelle, France Travail vous demande de déclarer votre chiffre d’affaires d’auto‑entrepreneur encaissé sur le mois, et non les factures émises. C’est un point crucial : si un client paie avec retard, c’est le mois du virement qui sera pris en compte. Vous devez indiquer le montant brut, avant abattement, dans la rubrique “revenus non salariés” ou “activité indépendante” selon la version de votre espace personnel. L’organisme applique ensuite automatiquement son abattement, inutile donc de déclarer un montant déjà réduit.

Dans certains cas, votre conseiller peut vous demander de préciser la nature exacte de l’activité (BNC, BIC, prestations de service, vente de biens) pour paramétrer correctement le traitement. Pensez à conserver vos déclarations URSSAF (mensuelles ou trimestrielles) et vos relevés bancaires : ils constituent les pièces de référence en cas de contrôle ou de doute sur les montants déclarés. Enfin, si vous n’avez encaissé aucune recette sur une période donnée, vous pouvez continuer à vous actualiser comme intermittent indemnisé, en répondant “non” à l’exercice d’une activité non salariée pour ce mois‑là.

Différence de traitement entre BNC et BIC pour le calcul ARE

Toutes les activités d’auto‑entrepreneur ne sont pas traitées de la même manière par France Travail. La principale distinction concerne les BNC (professions libérales, prestations intellectuelles) et les BIC (activités commerciales ou artisanales, comme la vente de marchandises ou certaines prestations de services). Pour les BNC, l’abattement retenu est de l’ordre de 34 %, alors que pour les BIC prestations de services, l’abattement est plus élevé (autour de 50 %), et pour la vente de marchandises encore supérieur (proche de 71 %). Plus l’abattement est important, plus le revenu net estimé est faible et plus l’impact sur vos jours ARE est limité.

Concrètement, deux intermittents déclarant chacun 1 000 € de chiffre d’affaires pourront voir des impacts différents sur leurs droits, selon que leur activité relève des BNC ou des BIC. Celui qui exerce une activité de vente de matériel (BIC “vente”) verra un revenu net estimé inférieur à celui d’un consultant en BNC, et donc potentiellement davantage de jours indemnisés sur le mois. Il ne s’agit évidemment pas de “choisir son code APE” uniquement pour optimiser l’ARE, mais vous avez intérêt à qualifier correctement votre activité en amont, car cette qualification conditionne directement le traitement de vos revenus non salariés.

Cotisations sociales et affiliation aux régimes de protection

Double cotisation URSSAF et sécurité sociale des artistes-auteurs

Le cumul intermittent du spectacle et auto‑entrepreneur implique souvent une double affiliation sociale. En tant que salarié intermittent, vous relevez du régime général de la Sécurité sociale (via vos employeurs, qui paient les cotisations aux caisses concernées). En parallèle, votre activité de micro‑entrepreneur vous rattache à l’URSSAF des indépendants, qui prélève vos cotisations sociales sur la base de votre chiffre d’affaires. Vous payez donc des cotisations sur deux “piliers” distincts, même si, au final, elles alimentent en grande partie les mêmes branches (maladie, retraite, allocations familiales).

La situation se complexifie encore si, en plus d’être intermittent, vous percevez des revenus d’artiste‑auteur (droits d’auteur, ventes d’œuvres) affiliés à l’URSSAF artistes-auteurs (ex MDA/AGESSA). Vous pouvez alors cotiser sur trois canaux différents : salariat intermittent, micro‑entreprise et régime artistes‑auteurs. Cela peut sembler déroutant, mais ce n’est pas illégal. L’essentiel est que chaque revenu soit rattaché au bon régime, correctement déclaré, et que vous ayez une vision claire de vos droits (retraite, maladie, maternité) associés à chaque “bloc” de cotisation.

Validation des cachets pour le maintien des 507 heures annuelles

Un point essentiel : vos heures (ou cachets) d’intermittent restent la seule base de calcul de vos droits ARE‑Spectacle. Les heures reconstituées à partir de votre chiffre d’affaires d’auto‑entrepreneur ne comptent pas pour atteindre les 507 heures annuelles nécessaires au renouvellement. Vos activités indépendantes peuvent compléter vos revenus, mais elles ne remplacent jamais les contrats d’intermittent dans le calcul des droits. C’est un peu comme si vous remplissiez deux compteurs différents : l’un pour la protection chômage spécifique spectacle, l’autre pour votre activité indépendante.

Concrètement, vous devez donc continuer à sécuriser suffisamment de contrats CDDU (via GUSO ou employeurs déclarants) pour atteindre les 507 heures sur 12 mois. Le risque pour certains profils est de se reposer sur les revenus de micro‑entreprise, de voir leurs allocations ARE diminuer, puis de se retrouver, à la date anniversaire, sans le volume d’heures requis. Il est donc judicieux de tenir un suivi régulier de vos cachets, par exemple dans un tableur récapitulant : production, dates, nombre d’heures ou cachets, annexes 8/10, cumul depuis le début de la période.

Contribution formation professionnelle CFP et AFDAS

En tant qu’auto‑entrepreneur, vous êtes redevable de la contribution à la formation professionnelle (CFP), prélevée en même temps que vos cotisations sociales par l’URSSAF. Son taux est faible (entre 0,1 % et 0,3 % du chiffre d’affaires selon l’activité), mais elle ouvre des droits à la formation auprès de votre fonds d’assurance formation des indépendants. En parallèle, vos cachets d’intermittent alimentent l’AFDAS, l’organisme paritaire collecteur compétent pour les artistes et techniciens du spectacle. Vous pouvez donc, potentiellement, mobiliser deux enveloppes de financement formation distinctes : l’une en tant que salarié intermittent, l’autre comme indépendant.

Cette double possibilité est un atout si vous souhaitez développer une nouvelle activité (par exemple une formation en pédagogie musicale pour vos cours facturés en micro‑entreprise, tout en suivant une formation technique financée par l’AFDAS pour votre métier d’intermittent). Encore faut‑il bien identifier à quel titre vous sollicitez la prise en charge, car les conditions, plafonds et priorités ne sont pas les mêmes. N’hésitez pas à contacter directement l’AFDAS et votre fonds de formation indépendant pour clarifier vos droits et optimiser vos demandes.

Optimisation fiscale du cumul intermittent et micro-entreprise

Choix entre régime micro-BNC et déclaration contrôlée pour les activités annexes

Sur le plan fiscal, la micro‑entreprise relève par défaut du régime micro‑BIC ou micro‑BNC, avec un abattement forfaitaire pour frais. Pour un intermittent qui développe une activité complémentaire de type cours, conseil ou création numérique, le régime micro‑BNC est souvent le plus adapté. Il offre une grande simplicité de gestion, mais suppose d’accepter l’abattement de 34 % sans pouvoir déduire ses frais réels. Si vos charges sont faibles (peu de déplacements, peu de matériel coûteux), ce régime est généralement avantageux et cohérent avec un statut déjà administrativement chargé comme celui d’intermittent.

En revanche, si votre activité annexe implique des frais structurels importants (studio, location de salle, matériel informatique haut de gamme, sous‑traitance), passer à la déclaration contrôlée BNC (régime réel) peut se révéler plus pertinent. Vous devrez alors tenir une comptabilité plus complète, mais pourrez déduire l’ensemble de vos dépenses professionnelles. L’arbitrage entre micro‑BNC et déclaration contrôlée doit se faire en lien avec un conseiller fiscal ou un expert‑comptable, en tenant compte non seulement de l’impôt sur le revenu, mais aussi des interactions avec votre ARE‑Spectacle et vos autres sources de revenus.

Plafonds de chiffre d’affaires 2024 et franchise de TVA

Pour continuer à bénéficier du régime micro‑entreprise en 2024, vous devez respecter les plafonds de chiffre d’affaires fixés par la loi. Pour les prestations de services (BIC et BNC), le seuil est de 77 700 € HT ; pour les activités de vente de marchandises et d’hébergement, il atteint 188 700 € HT. Ces plafonds s’apprécient sur l’année civile et conditionnent à la fois le maintien au régime micro et l’application de la franchise en base de TVA. Tant que vous restez en dessous des seuils de TVA (qui sont légèrement inférieurs aux plafonds micro), vous ne facturez pas de TVA et ne la récupérez pas sur vos achats.

Pour un intermittent, cette franchise de TVA est souvent confortable les premières années : vous simplifiez votre facturation et vos prix restent lisibles pour vos clients, souvent des structures culturelles ou des particuliers. Mais dès que votre activité indépendante prend de l’ampleur, il peut être intéressant de surveiller de près vos montants cumulés mensuellement. Un dépassement des seuils peut vous faire basculer en régime réel de TVA au cours de l’année, avec l’obligation de facturer et déclarer la TVA, tout en conservant éventuellement le régime micro pour l’impôt sur le revenu. Anticiper ces effets de seuil évite d’être pris de court par un changement de régime fiscal en pleine saison.

Déduction des frais professionnels pour artistes intermittents

Indépendamment de votre micro‑entreprise, vos revenus de salariat intermittent (cachets, salaires de technicien) peuvent bénéficier de la déduction de frais professionnels. Par défaut, l’administration applique un abattement forfaitaire de 10 %, mais les artistes et techniciens du spectacle peuvent, sous conditions, opter pour le régime des frais réels avec un abattement spécifique supplémentaire (14 % ou 5 % selon les cas) plafonné. Cette option permet parfois de tenir compte plus finement de vos dépenses professionnelles (instrument, costumes, déplacements, logement temporaire en tournée, etc.).

Attention toutefois à ne pas confondre les deux niveaux : l’abattement ou les frais réels concernent vos revenus salariés, tandis que votre chiffre d’affaires d’auto‑entrepreneur est déjà traité fiscalement et socialement via l’abattement micro‑BNC ou micro‑BIC. Vous ne pouvez pas appliquer deux fois le même abattement sur la même somme. Une bonne pratique consiste à distinguer clairement, dans vos déclarations fiscales, vos revenus salariés intermittents, vos revenus d’artiste‑auteur éventuels et vos recettes de micro‑entreprise, en s’assurant que chaque catégorie bénéficie du régime le plus avantageux dans le respect des textes.

Activités autorisées en auto-entrepreneur pour les intermittents du spectacle

Formation artistique et transmission de savoir-faire sans requalification

Parmi les activités les plus adaptées au cumul intermittent–auto‑entrepreneur, la formation artistique et la transmission de savoir‑faire occupent une place de choix. Donner des cours particuliers de musique, animer des ateliers théâtre, proposer des masterclasses de danse ou de lumière scénique sont des prestations qui relèvent de l’enseignement, et non de la représentation ou de la production de spectacle. Elles peuvent donc, sauf cas particuliers, être exercées en micro‑entreprise sans risquer une requalification automatique en contrat d’artiste.

Pour limiter les risques, il est préférable de structurer clairement ces prestations : contrat de formation ou convention d’intervention pédagogique, facturation à l’heure ou au forfait, absence de billetterie liée aux cours eux‑mêmes, absence de lien de subordination (vous fixez vos méthodes, vos outils, votre calendrier en accord avec le client). Si vous intervenez dans un conservatoire ou une école associative, interrogez‑vous : êtes‑vous intégré aux équipes, avec des horaires imposés et un matériel fourni, ou intervenez‑vous vraiment comme prestataire externe ? Cette distinction sera déterminante en cas de contrôle.

Vente de créations artisanales et droits d’auteur associés

Autre champ d’activité possible pour un intermittent : la vente de créations artisanales ou de produits dérivés. Par exemple, un décorateur peut concevoir et vendre des objets de scénographie, un musicien des partitions éditées ou des accessoires, un costumier des vêtements et accessoires inspirés de ses spectacles. Ces ventes relèvent alors des BIC, soit en “vente de marchandises”, soit en prestations mixtes (création + vente). Elles sont compatibles avec le statut de micro‑entrepreneur, à condition que les revenus de droits d’auteur stricts (diffusion d’œuvres protégées) demeurent affiliés au bon régime artistes‑auteurs lorsqu’il y en a.

La frontière entre vente d’objets et exploitation de droits d’auteur peut toutefois être subtile. Par exemple, la vente d’une photographie imprimée peut, selon le circuit de diffusion, relever soit du régime artistes‑auteurs, soit d’une activité commerciale. Une analogie simple : vendre une affiche produite en série ressemble à une activité commerciale, alors que céder un droit de reproduction pour un livre relève du droit d’auteur. En cas de doute, il est recommandé de consulter l’URSSAF artistes‑auteurs ou un spécialiste pour éviter de mélanger des catégories qui obéissent à des règles sociales et fiscales différentes.

Prestations techniques et risques de confusion avec l’activité salariée

Pour les techniciens du spectacle (son, lumière, vidéo, régie), les prestations techniques en auto‑entreprise sont autorisées, mais elles comportent un risque accru de confusion avec l’activité salariée. Un ingénieur du son peut, par exemple, facturer une prestation de conseil acoustique ou l’installation d’un système de sonorisation à une collectivité. En revanche, si, dans les faits, il se retrouve à assurer la régie d’un concert exactement comme il l’aurait fait en CDDU, avec horaires imposés, consignes artistiques détaillées et intégration dans l’équipe de production, la présomption de salariat pourrait être invoquée.

Pour sécuriser vos prestations techniques en micro‑entreprise, veillez à ce qu’elles se distinguent clairement de vos missions d’intermittent : interventions ponctuelles, objectifs techniques plutôt qu’artistiques, possibilité de sous‑traiter ou de s’entourer d’autres indépendants, fourniture d’une partie du matériel par vous‑même, absence d’exclusivité prolongée avec un seul client. En cas d’usage abusif de l’auto‑entreprise pour éviter l’embauche en CDDU, le client s’expose à une requalification judiciaire et à des sanctions pour travail dissimulé, tandis que vous risquez, de votre côté, une remise en cause de certains droits sociaux.

Gestion administrative et outils de suivi du double statut

Logiciels de comptabilité adaptés aux intermittents auto-entrepreneurs

Gérer à la fois vos contrats d’intermittent et votre micro‑entreprise impose une discipline administrative renforcée. Heureusement, de nombreux outils numériques simplifient aujourd’hui cette organisation. Certains logiciels de comptabilité ou de facturation sont spécifiquement pensés pour les micro‑entrepreneurs et permettent d’émettre des factures conformes, de suivre les encaissements et de préparer vos déclarations URSSAF. En parallèle, des applications de suivi d’heures et de cachets intermittents vous aident à suivre en temps réel votre progression vers les 507 heures.

L’idéal est de choisir un écosystème d’outils capable de dialoguer : export des factures au format tableur, rapprochement bancaire automatique, sauvegarde dans le cloud. Vous gagnez un temps précieux et réduisez le risque d’erreurs ou d’oublis lors des actualisations mensuelles et des déclarations annuelles aux impôts. Entre deux répétitions ou tournages, vous n’avez souvent ni l’énergie ni le temps de gérer de lourdes tâches administratives : un bon outil, paramétré une bonne fois pour toutes, devient alors votre meilleur allié.

Conservation des justificatifs et contrôles URSSAF-Pôle emploi

Le cumul intermittent–auto‑entrepreneur expose plus fréquemment à des contrôles croisés : l’URSSAF peut vérifier la cohérence entre vos déclarations de chiffre d’affaires et vos relevés bancaires, tandis que France Travail peut contrôler l’adéquation entre vos revenus déclarés et les indemnités versées. Pour faire face sereinement à ces situations, la clé est la traçabilité : conservez systématiquement vos factures, contrats, AEM (attestations employeur mensuelles), bulletins de salaire, déclarations URSSAF et relevés de compte.

Une bonne pratique consiste à archiver ces documents au format numérique dans des dossiers clairement nommés par année et par type de revenu. En cas de demande d’éclaircissements, vous pourrez ainsi reconstituer très rapidement la chronologie de vos activités. N’oubliez pas que les administrations disposent d’un délai de plusieurs années pour engager un contrôle ; il est donc prudent de conserver vos pièces au moins six ans. Une organisation rigoureuse est certes moins glamour qu’une première de spectacle, mais elle vous évite bien des sueurs froides lorsqu’un courrier recommandé arrive dans votre boîte aux lettres.

Anticipation du passage aux seuils de TVA et régime réel

Enfin, si votre micro‑entreprise se développe, vous devrez anticiper un possible changement de régime fiscal et social, notamment le passage aux seuils de TVA et au régime réel. Ce basculement ne remet pas en cause votre statut d’intermittent, mais il complique sensiblement la gestion de votre activité indépendante : facturation de la TVA, déclarations mensuelles ou trimestrielles, comptabilité plus détaillée. Il est donc important de surveiller régulièrement votre chiffre d’affaires cumulé sur les 12 derniers mois glissants et de simuler l’impact d’un changement de régime sur vos revenus nets.

Pensez également à l’articulation avec votre ARE‑Spectacle : l’augmentation de vos revenus non salariés réduira mécaniquement vos jours indemnisés, mais elle vous permettra peut‑être de sécuriser davantage votre activité sur le long terme. Comme sur une console de mixage, l’enjeu est de trouver le bon équilibre entre les différentes “pistes” de votre carrière : contrats intermittents, micro‑entreprise, droits d’auteur, formations. En comprenant les règles du jeu et en vous dotant des bons outils, vous pouvez transformer ce double statut en véritable levier de développement plutôt qu’en source de stress permanent.

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