Cumul retraite et auto-entrepreneur

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Cumuler une pension de retraite avec une activité d’auto-entrepreneur attire de plus en plus de retraités. Entre envie de compléter ses revenus, besoin de rester utile et volonté de tester un projet en toute simplicité, le cumul retraite-auto-entreprise offre un cadre souple, mais très encadré juridiquement. Les dernières réformes, notamment celle de 2023 qui reporte progressivement l’âge légal à 64 ans et revoit le cumul emploi-retraite, ont renforcé l’intérêt de bien comprendre les règles avant de se lancer. Sans ces repères, le risque est réel : suspension de pension, écrêtement de revenus, voire redressements de cotisations. L’objectif n’est donc pas seulement de savoir si vous pouvez créer une micro-entreprise à la retraite, mais à quelles conditions précises et avec quelles limites de revenus.

Conditions légales pour cumuler retraite et auto-entrepreneur dans le régime général (cnav)

Notion de retraite liquidée à taux plein et impact sur le cumul intégral

La clé du cumul retraite et auto-entreprise, dans le régime général géré par la Cnav et les Carsat, est la notion de retraite liquidée à taux plein. Une retraite est à taux plein lorsque le taux de calcul de la pension de base atteint 50 % du revenu moyen (vos 25 meilleures années) sans décote. Pour obtenir ce taux maximum, deux voies existent : soit vous validez le nombre de trimestres requis (entre 160 et 172 selon votre année de naissance), soit vous atteignez l’âge du taux plein automatique, fixé à 67 ans pour les générations récentes. Une fois ce taux plein acquis et toutes vos pensions liquidées, le cumul emploi-retraite devient dit intégral ou « libéralisé ».

Dans ce cas, vous pouvez créer ou poursuivre une activité de micro-entrepreneur en facturant librement vos clients, sans plafond de chiffre d’affaires spécifique lié au cumul retraite, hormis les plafonds propres au régime micro (77 700 € pour les prestations de services et 188 700 € pour la vente de marchandises en 2026). Votre pension de retraite de base n’est ni réduite ni suspendue, et vos pensions complémentaires (notamment Agirc-Arrco) sont également versées en totalité, sous réserve d’avoir bien liquidé l’ensemble de vos droits auprès de tous les régimes d’affiliation.

Effets de l’âge légal (62 ans) et de l’âge du taux plein automatique (67 ans) sur le cumul

Avec la réforme de 2023, l’âge légal de départ à la retraite recule progressivement pour atteindre 64 ans, mais le mécanisme du cumul reste articulé autour de deux âges : l’âge légal d’ouverture des droits (actuellement entre 62 ans et 64 ans selon votre génération) et l’âge du taux plein automatique (67 ans). Si vous partez à l’âge légal sans avoir tous vos trimestres, votre retraite est liquidée avec une décote. Dans ce cas, vous relevez du cumul emploi-retraite plafonné : vos revenus de micro-entrepreneur viennent s’additionner à votre pension, mais dans la limite d’un plafond global. À l’inverse, si vous attendez 67 ans ou si vous avez atteint la durée d’assurance requise avant, vous basculez dans le régime du cumul intégral.

La différence est considérable. Entre 62 et 64 ans, avec une carrière incomplète, le cumul est encadré et l’ouverture d’une auto-entreprise doit être anticipée avec une projection des revenus. À partir de 67 ans, au contraire, l’activité indépendante devient une source de revenus complémentaire totalement libre du point de vue des limites de cumul, ce qui explique pourquoi de nombreux retraités choisissent de décaler leur projet entrepreneurial pour sécuriser le versement intégral de leurs pensions.

Obligations déclaratives auprès de la cnav et des carsat en cas de création d’auto-entreprise

Créer une micro-entreprise à la retraite ne se limite pas à remplir un formulaire sur le guichet unique. Dans le mois qui suit la reprise ou la création d’une activité indépendante, la loi impose de déclarer cette reprise à la caisse de retraite de base compétente (Cnav, Carsat, CGSS, CSS). Cette information est distincte des formalités effectuées sur le site de l’URSSAF pour le régime micro-social. La déclaration adressée à la caisse doit mentionner la nature de l’activité (commerciale, artisanale, libérale), la date de début d’activité, le régime social d’affiliation et le montant prévisionnel ou effectif des revenus.

Il s’agit d’une obligation souvent sous-estimée. Pourtant, en cas d’absence ou de retard de déclaration, la caisse peut suspendre le versement de la pension jusqu’à régularisation, voire réclamer le remboursement des sommes indûment perçues si les plafonds de cumul sont dépassés. Cette étape administrative agit donc comme un garde-fou : la caisse vérifie rapidement si vous relevez du cumul intégral ou plafonné et vous informe, le cas échéant, du plafond de revenus applicable à votre situation pour éviter une suspension brutale de vos droits.

Incidence du relevé de carrière et du nombre de trimestres validés (160 à 172) sur le cumul

Avant de déposer une demande de retraite et encore plus avant de lancer une activité d’auto-entrepreneur, l’analyse du relevé de carrière est indispensable. Ce document récapitule tous les trimestres acquis dans les différents régimes : salariés, indépendants, périodes assimilées (chômage, maladie, maternité, etc.). Selon votre année de naissance, la durée d’assurance exigée pour le taux plein varie : de 160 trimestres pour les générations les plus anciennes à 172 trimestres pour les assurés nés à partir de 1965. Ce nombre conditionne directement votre accès au cumul emploi-retraite intégral.

Si votre relevé montre un déficit de quelques trimestres, deux options se dessinent : accepter une décote et un cumul plafonné, ou différer la liquidation pour compléter votre durée d’assurance (via une activité salariée, par exemple). Dans la pratique, cette analyse permet souvent de trancher entre un départ anticipé avec auto-entreprise sous plafond ou un départ plus tardif avec cumul sans limite. Pour les retraités qui souhaitent bâtir un projet indépendant significatif, la seconde option est fréquemment plus pertinente sur le long terme, malgré un démarrage décalé.

Plafonds de revenus et cumul retraite-auto-entreprise : règles, calculs et cas pratiques

Plafond de cumul emploi-retraite pour les professions commerciales (micro-BIC, vente de marchandises)

En cumul plafonné, le plafond de revenus s’apprécie selon plusieurs paramètres : régime de retraite d’origine, nature de l’activité reprise, et parfois localisation de l’activité. Pour un retraité relevant du régime général qui reprend une activité commerciale sous statut micro-BIC (vente de marchandises, restauration, hébergement), le plafond de cumul est généralement fixé à 50 % du Plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS), soit 23 550 € de revenus annuels en 2026. Ce montant correspond à l’ensemble des revenus professionnels tirés de la micro-entreprise, et non au bénéfice après charges réelles.

Concrètement, si vous créez une boutique en ligne de produits artisanaux en micro-entreprise, votre chiffre d’affaires annuel ne devra pas dépasser ce plafond pour que votre pension de base et votre retraite complémentaire restent versées en totalité. Au-delà, la caisse retiendra le montant du dépassement et suspendra ou réduira la pension pendant une période déterminée (souvent jusqu’à 12 mois). Ce mécanisme vise à éviter qu’un assuré bénéficiant d’une retraite incomplète ne reconstitue un revenu global trop élevé par rapport à sa carrière cotisée.

Plafond de cumul pour les prestations de services et les professions libérales (micro-BNC, URSSAF, cipav)

Pour les prestations de services et les professions libérales relevant du régime micro-BNC, les plafonds de cumul sont plus élevés. En règle générale, le plafond annuel de cumul pour les professions libérales affiliées à la CnavPL ou à la Cipav est égal à 100 % du PASS, soit 47 100 € en 2026. Ce plafond s’applique aussi, dans de nombreux cas, aux activités exercées en zone de revitalisation rurale (ZRR) ou en zone urbaine prioritaire (ZUP), même lorsque le retraité dépend du régime général des indépendants.

Vous enseignez l’anglais en tant que micro-entrepreneur libéral ou vous proposez des prestations de conseil après une carrière de cadre ? Dans un régime plafonné, votre chiffre d’affaires annuel de micro-entreprise doit rester en dessous de ce seuil pour préserver votre pension complète. Au-delà, une partie de votre retraite est écrêtée à hauteur du dépassement. Cette configuration est particulièrement fréquente chez les retraités qui reprennent la même activité libérale qu’avant la retraite, dans le même régime de retraite, sans avoir atteint le taux plein.

Calcul des revenus pris en compte : chiffre d’affaires brut, abattement forfaitaire, périodicité (mensuelle, trimestrielle)

Une confusion fréquente concerne la base de calcul des plafonds. Les caisses de retraite raisonnent sur les revenus professionnels déclarés, mais pour un micro-entrepreneur, cette notion peut prêter à interprétation. En pratique, il faut distinguer deux niveaux : le chiffre d’affaires brut, qui sert de base aux cotisations sociales du régime micro-social, et le revenu fiscal après abattement forfaitaire (71 %, 50 % ou 34 % selon la nature de l’activité) qui sert à l’impôt sur le revenu. Pour le cumul, c’est en général le revenu professionnel au sens social qui est pris en compte, mais les caisses peuvent se référer aux attestations URSSAF ou aux déclarations fiscales.

La périodicité des déclarations (mensuelle ou trimestrielle) n’influence pas le calcul annuel du plafond, mais elle joue sur le suivi. Opter pour une déclaration mensuelle permet de détecter plus rapidement une dérive du chiffre d’affaires et d’ajuster son activité pour rester sous les seuils. C’est un peu l’équivalent d’un tableau de bord de vitesse : plus la mesure est fréquente, plus il est facile de corriger la trajectoire avant un dépassement trop important.

Exemples chiffrés de dépassement des plafonds et conséquences sur la pension (suspension, écrêtement)

Imaginez un retraité du régime général parti à 63 ans sans tous ses trimestres, bénéficiant d’un cumul plafonné à 23 550 € par an. Il crée une micro-entreprise commerciale de vente en ligne et réalise 30 000 € de chiffre d’affaires sur l’année. Le dépassement s’élève à 6 450 €. La caisse peut alors décider de suspendre sa pension pendant plusieurs mois pour « récupérer » ce montant, ou de réduire chaque versement mensuel jusqu’à régularisation, selon les modalités précisées par la réglementation et les accords de branche.

Autre exemple : une ancienne professionnelle libérale affiliée à la Cipav, en retraite incomplète, reprend une activité de conseil en micro-BNC et génère 55 000 € de chiffre d’affaires annuel. Le plafond étant fixé à 47 100 €, le dépassement atteint 7 900 €. La caisse de base et la caisse complémentaire peuvent suspendre la pension sur une période pouvant aller jusqu’à 12 mois. Ces situations illustrent l’importance d’anticiper le niveau de chiffre d’affaires visé et, si nécessaire, de limiter volontairement l’activité pour préserver la stabilité des pensions.

Spécificités des zones ZFU, ZRR et du régime micro-social dans le calcul des plafonds

Les zones de revitalisation rurale (ZRR) et les zones urbaines prioritaires (ZUP ou ZFU selon les époques) introduisent des spécificités dans le cumul retraite-auto-entreprise. Pour certains régimes, notamment le régime général des indépendants, l’exercice d’une activité dans ces zones permet de bénéficier d’un plafond de cumul relevé à hauteur du PASS complet, soit 47 100 € en 2026, y compris pour des activités commerciales ou artisanales qui seraient autrement limitées à 23 550 €. En parallèle, ces territoires ouvrent parfois droit à des exonérations partielles de cotisations sociales ou d’impôt sur le revenu, ce qui peut renforcer l’attractivité du statut de micro-entrepreneur retraité.

Le régime micro-social joue aussi un rôle dans la gestion du cumul. En calculant les cotisations en pourcentage du chiffre d’affaires sans minimum forfaitaire, il permet d’ajuster très finement le volume d’activité à la situation personnelle. Vous pouvez, par exemple, réduire votre activité sur un trimestre pour rester sous le plafond de cumul, tout en continuant à bénéficier d’une couverture sociale. Cette souplesse fait du régime micro-social un outil particulièrement adapté aux retraités qui souhaitent piloter leur revenu complémentaire sans pression administrative excessive.

Articulation entre cumul retraite et régimes de base et complémentaires (Agirc-Arrco, cipav)

Cumul emploi-retraite avec une retraite Agirc-Arrco pour les anciens salariés du privé

Pour les anciens salariés du privé, la retraite repose sur deux piliers : la pension de base du régime général (Cnav) et la retraite complémentaire Agirc-Arrco. Le cumul emploi-retraite intégral nécessite d’avoir liquidé ces deux composantes et d’avoir atteint le taux plein. Une fois ces conditions remplies, l’exercice d’une activité d’auto-entrepreneur, qu’elle soit commerciale, artisanale ou libérale, n’entraîne pas de réduction des points ou du montant servi par l’Agirc-Arrco. Le cumul intégral micro-entreprise et retraite complémentaire est alors libre, sous réserve du respect des règles générales de cumul et des limites de chiffre d’affaires micro.

En régime plafonné, la situation se complexifie : la caisse de base et la caisse complémentaire apprécient ensemble le total des revenus (pensions + activité indépendante). Si la somme dépasse la limite autorisée (souvent la moyenne des trois derniers salaires ou 1,6 fois le Smic, selon l’article L.161-22 du Code de la sécurité sociale), la pension complémentaire peut être suspendue temporairement. Cela signifie que, même si vous ne dépassez pas les plafonds micro-fiscaux, le cumul global peut conduire à une réduction du versement Agirc-Arrco lorsqu’une activité indépendante substantielle est poursuivie sans taux plein.

Cumul retraite des professions libérales affiliées à la cipav et activité indépendante en micro-entreprise

Les professions libérales affiliées à la Cipav ou à la CnavPL sont souvent tentées de poursuivre leur activité sous forme de micro-entreprise pour simplifier la facturation et alléger les obligations comptables. En présence d’une retraite à taux plein et de pensions de base et complémentaires liquidées, le cumul intégral s’applique : l’avocat devenu consultant, l’architecte reconverti en formateur ou le coach professionnel peuvent dépasser largement les 47 100 € de chiffre d’affaires sans que leurs pensions soient affectées, à condition de rester dans les plafonds généraux du régime micro.

En revanche, si la retraite a été prise sans le taux plein, un plafond de cumul s’applique, souvent aligné sur le PASS (47 100 €) pour les revenus d’activité libérale. Il est néanmoins possible, dans certains cas, de jouer sur la nature de l’activité (par exemple passer d’une activité libérale réglementée à une activité commerciale ou de prestation non réglementée) pour modifier le régime d’affiliation et les conditions de cumul. Cet arbitrage doit être réalisé avec prudence, car la requalification par les organismes de retraite reste possible en cas de discordance manifeste entre l’activité déclarée et la réalité des missions facturées.

Coordination entre régimes spéciaux (fonction publique, MSA, SNCF, RATP) et statut d’auto-entrepreneur

Les retraités issus de régimes spéciaux (fonction publique d’État, territoriale, hospitalière, MSA, SNCF, RATP, etc.) bénéficient de règles spécifiques en matière de cumul. En général, le cumul intégral est possible lorsque la pension principale est accordée à taux plein et que l’ensemble des droits a été liquidé. L’exercice d’une activité indépendante sous statut micro-entrepreneur est alors autorisé sans plafond particulier, dès lors que l’activité se déroule dans un autre régime (régime général des indépendants). Le principe est simple : pas de limitation lorsque les revenus d’activité ne proviennent pas du même régime que celui versant la pension.

En revanche, si la pension a été liquidée de manière anticipée (carrière longue, départ anticipé, dispositif spécifique de la MSA, etc.) ou sans taux plein, des plafonds peuvent s’appliquer. Par exemple, certains régimes de la fonction publique prévoient un plafond annuel de cumul (souvent voisin du PASS) au-delà duquel la pension est temporairement réduite. Là encore, la transparence dans la déclaration de la micro-entreprise et une estimation réaliste du chiffre d’affaires attendu sont essentielles pour éviter des ajustements a posteriori, parfois difficiles à absorber financièrement.

Impact du cumul sur la retraite complémentaire : points acquis, gel des droits, nouvelles cotisations non créatrices de droits

Une question récurrente revient : « Est-ce que les cotisations versées comme auto-entrepreneur à la retraite permettent de gagner une nouvelle retraite ? ». Pendant longtemps, la réponse a été non pour la plupart des régimes : les cotisations vieillesse versées dans le cadre d’un cumul n’ouvraient pas de nouveaux droits, ni en trimestres, ni en points complémentaires. Depuis la réforme de 2023, une brèche a toutefois été ouverte : en cas de cumul emploi-retraite intégral et de reprise d’activité après la liquidation à taux plein, il est désormais possible d’acquérir des droits supplémentaires, donnant lieu à une « deuxième retraite » distincte.

La seconde retraite issue du cumul intégral est plafonnée à 5 % du plafond annuel de la Sécurité sociale, soit 2 355 € bruts annuels environ en 2026, et ne peut être attribuée qu’une seule fois.

Ces nouveaux droits restent donc limités, mais ils changent la logique précédente où l’on cotisait « à fonds perdus ». Pour les régimes complémentaires (Agirc-Arrco, Cipav, etc.), la situation peut varier selon les accords de branche. Dans de nombreux cas, les points supplémentaires acquis pendant le cumul ne revalorisent pas la retraite initiale, mais servent à constituer cette seconde pension indépendante. L’enjeu, pour vous, consiste à arbitrer entre la recherche de revenus immédiats via l’activité indépendante et une éventuelle bonification future via cette nouvelle retraite additionnelle.

Statut d’auto-entrepreneur retraité : micro-social, micro-fiscal et options de TVA

Le statut de micro-entrepreneur reste le plus adapté pour cumuler retraite et activité indépendante, car il combine une grande simplicité administrative avec une fiscalité lisible. Le régime micro-social permet de payer des cotisations sociales proportionnelles au chiffre d’affaires : environ 12,8 % pour la vente de marchandises et 22 % à 24,6 % pour les prestations de services et les professions libérales en 2026. Aucune cotisation minimale n’est due en l’absence de chiffre d’affaires, ce qui vous laisse la liberté d’ajuster votre activité selon l’année sans charges fixes.

Côté impôt, le régime micro-fiscal applique un abattement forfaitaire (71 %, 50 % ou 34 % selon l’activité) si vous restez dans le régime de droit commun, ou vous permet d’opter pour le versement libératoire de l’impôt sur le revenu. Dans ce dernier cas, l’impôt est prélevé en même temps que les cotisations sociales, en pourcentage du chiffre d’affaires (souvent entre 1 % et 2,2 %). Cette option peut être intéressante si votre revenu fiscal de référence est modeste et si vous souhaitez lisser votre fiscalité sur l’année. La franchise en base de TVA, en dessous de 85 000 € pour la vente et 37 500 € pour les services, simplifie encore la gestion : aucune TVA à facturer ni à déclarer, ce qui est particulièrement confortable lorsqu’on souhaite limiter la paperasse à la retraite.

Cumul retraite et auto-entreprise après la réforme des retraites (loi 2023, report à 64 ans)

La loi de 2023 ne s’est pas contentée de reculer l’âge légal de départ. Elle a aussi redéfini les contours du cumul emploi-retraite, en particulier pour les assurés qui reprennent une activité après avoir liquidé leurs droits à taux plein. Depuis le 1er septembre 2023, les périodes travaillées dans ce cadre peuvent ouvrir droit à une nouvelle pension, sous réserve que la reprise respecte les conditions : cessation initiale d’activité, liquidation de l’ensemble des pensions, respect d’un délai de 6 mois avant toute reprise chez le dernier employeur pour les salariés. Pour les auto-entrepreneurs retraités, cette réforme signifie qu’une activité de micro-entreprise débutée après la liquidation peut, à terme, générer une petite retraite additionnelle.

Le report progressif à 64 ans a aussi un effet psychologique et économique : beaucoup de futurs retraités envisagent désormais une carrière « en deux temps », avec une phase de retraite active combinant pension et micro-entreprise. La tendance est visible dans les chiffres : plusieurs études récentes montrent que plus de 15 % des nouveaux retraités créent ou reprennent une activité indépendante dans les deux années suivant leur départ, et que le statut de micro-entrepreneur représente plus de 60 % de ces créations. Dans ce contexte, bien maîtriser les nouvelles règles de cumul permet d’utiliser la réforme comme un levier d’autonomie plutôt que comme une contrainte supplémentaire.

Le cumul retraite-auto-entrepreneur tend à devenir un troisième temps de carrière : ni tout à fait emploi, ni tout à fait retraite, mais une phase hybride où l’on choisit son rythme et son niveau de revenu.

Optimisation fiscale et sociale du cumul retraite et auto-entrepreneur : stratégies et erreurs fréquentes

Optimiser le cumul retraite et auto-entreprise ne signifie pas contourner la loi, mais utiliser intelligemment les marges de manœuvre offertes par les régimes micro-social et micro-fiscal. Une première stratégie consiste à calibrer son chiffre d’affaires cible en fonction du type de cumul (intégral ou plafonné) et de son besoin réel de revenu complémentaire. Plutôt que de viser systématiquement le plafond micro-entrepreneur, il est souvent plus pertinent, especially en cumul plafonné, de se fixer un « plafond maison » aligné sur les limites de cumul pour éviter toute suspension de pension. Un suivi trimestriel via les déclarations URSSAF joue alors le rôle de garde-fou.

Une seconde approche d’optimisation touche au choix de l’activité et au code APE. En optant pour une activité libérale plutôt que commerciale, ou inversement, vous pouvez modifier le régime de retraite d’affiliation, les plafonds de cumul et parfois même l’abattement fiscal applicable. C’est un peu comme choisir le bon outil dans une boîte à outils : deux activités très proches dans la réalité (par exemple, formation en présentiel et vente de supports pédagogiques) peuvent relever de catégories différentes avec des effets significatifs sur vos cotisations et vos droits. Un conseil personnalisé auprès d’un expert-comptable ou d’un spécialiste de la retraite peut ici éviter des erreurs coûteuses.

Parmi les erreurs fréquentes, quatre reviennent régulièrement : sous-estimer l’importance de déclarer la reprise d’activité à la caisse de retraite ; confondre plafonds de chiffre d’affaires micro et plafonds de cumul emploi-retraite ; ignorer l’impact d’une retraite liquidée sans taux plein sur le cumul ; et oublier que certaines cotisations versées comme micro-entrepreneur ne génèrent pas nécessairement de nouveaux droits. À l’inverse, les retraités qui réussissent leur cumul sont souvent ceux qui considèrent leur micro-entreprise comme un projet à part entière, avec un budget, un prévisionnel de revenus, et une stratégie claire pour concilier liberté, sécurité et fiscalité maîtrisée.

Le cumul retraite-auto-entrepreneur fonctionne au mieux lorsqu’il est pensé comme un arbitrage global entre temps libre, niveau de vie et sérénité administrative, plutôt que comme une simple « rallonge » de revenus.

En envisageant votre micro-entreprise comme un complément structuré à votre retraite, vous pouvez transformer ce cumul en véritable levier de qualité de vie : maintenir une activité choisie, transmettre votre expertise, tout en pilotant précisément vos plafonds de revenus, vos cotisations et, le cas échéant, l’acquisition d’une seconde pension dans le cadre du cumul intégral.

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