Le statut de micro-entrepreneur offre une opportunité précieuse pour les personnes en situation de handicap souhaitant exercer une activité professionnelle tout en bénéficiant de l’Allocation aux Adultes Handicapés. Cette combinaison permet de générer des revenus complémentaires sans perdre immédiatement l’intégralité de vos droits sociaux. Depuis la réforme de déconjugalisation entrée en vigueur en octobre 2023, le calcul de l’AAH repose exclusivement sur vos ressources personnelles, offrant ainsi une autonomie financière renforcée. Comprendre les mécanismes de calcul, les seuils applicables et les démarches administratives devient essentiel pour optimiser votre situation. Cette configuration juridique et sociale répond à un enjeu majeur : favoriser l’insertion professionnelle des travailleurs handicapés tout en maintenant un filet de sécurité financier adapté à leurs contraintes particulières.
Conditions d’éligibilité au cumul AAH et statut auto-entrepreneur
Le cumul entre l’Allocation aux Adultes Handicapés et une activité en micro-entreprise repose sur plusieurs conditions précises que vous devez absolument maîtriser. La loi garantit ce droit au cumul, mais l’encadre strictement pour éviter les abus tout en encourageant réellement la reprise d’activité. Les organismes sociaux appliquent des règles uniformes sur l’ensemble du territoire, ce qui simplifie votre compréhension du dispositif.
Le principe fondamental est simple : vous pouvez exercer une activité indépendante tout en percevant l’AAH, à condition que vos revenus professionnels n’excèdent pas certains plafonds annuels. La CAF ou la MSA procède à une évaluation continue de votre situation en tenant compte des ressources déclarées trimestriellement. Cette surveillance régulière permet d’ajuster le montant de votre allocation en temps réel, évitant ainsi les situations de trop-perçu massif qui nécessiteraient des remboursements ultérieurs.
Seuils de revenus applicables selon la réforme AAH 2024
Les plafonds de ressources pour bénéficier de l’AAH en 2025 s’établissent à 12 193 € annuels pour une personne seule, soit environ 1 016 € mensuels. Ce montant augmente à 22 069 € pour un couple sans enfant, démontrant la progressivité du système. Chaque enfant à charge majore le plafond de 6 096 €, reconnaissant ainsi les charges familiales supplémentaires. Ces seuils concernent uniquement vos revenus personnels depuis la déconjugalisation, ce qui constitue une avancée majeure pour les couples où l’un des conjoints travaille normalement.
Lorsque vous démarrez votre activité de micro-entrepreneur, vos revenus professionnels ne sont pas comptabilisés pendant les six premiers mois. Cette période de grâce vous permet de développer votre clientèle et de stabiliser votre chiffre d’affaires sans subir immédiatement une réduction de vos droits. Passé ce délai, la CAF applique un système d’abattement particulièrement favorable : 80% sur la première tranche de revenus jusqu’à 540,54 € mensuels, puis 40% au-delà. Concrètement, si vous gagnez 1 000 € par mois après abattement fiscal, seulement 385 € seront retenus dans le calcul de vos ressources pour l’AAH.
Critères du taux d’incapacité MDPH pour les travailleurs indépendants
Votre éligibilité à l’AAH repose prioritairement sur la reconnaissance d’un taux d’incapacité par la Commission des Droits et de l’Autonomie des Personnes Handiconomie des Personnes Handicapées (CDAPH) via votre MDPH.
Deux grandes situations ouvrent droit à l’AAH, que vous soyez salarié ou travailleur indépendant : un taux d’incapacité au moins égal à 80 %, ou un taux compris entre 50 % et 79 % accompagné d’une restriction substantielle et durable d’accès à l’emploi. Cette restriction tient compte de la fatigabilité, des contraintes de soins, des troubles cognitifs ou psychiques, mais aussi de la difficulté à se maintenir durablement dans un emploi classique. Le fait d’exercer en micro-entreprise n’annule pas cette restriction : au contraire, pour beaucoup de bénéficiaires, l’entrepreneuriat est justement une adaptation à leurs limitations.
En pratique, lorsque vous déposez ou renouvelez votre dossier MDPH, il est utile de détailler précisément votre projet de micro-entreprise, vos aménagements nécessaires (horaires souples, travail à domicile, pauses fréquentes, matériel adapté, etc.) et les limites concrètes qui subsistent malgré ces aménagements. Plus votre dossier est documenté (certificats médicaux, comptes rendus de rééducation, bilans psychologiques), plus l’évaluation du taux d’incapacité sera conforme à votre réalité, ce qui sécurise à la fois votre droit à l’AAH et au cumul avec votre activité.
Déclaration trimestrielle des recettes auprès de la CAF et MSA
Une fois votre statut de micro-entrepreneur créé, la clé du cumul AAH et activité indépendante réside dans la déclaration trimestrielle de ressources (DTR) auprès de la CAF ou de la MSA. Tous les trois mois, vous devez y mentionner vos revenus professionnels, en distinguant bien les périodes de démarrage (6 premiers mois de cumul intégral) des périodes suivantes où l’AAH devient différentielle. Cette déclaration est indispensable : sans elle, vos droits sont suspendus ou calculés sur la base de montants forfaitaires souvent défavorables.
Pour les micro-entrepreneurs, vous ne déclarez pas votre chiffre d’affaires brut mais votre revenu net imposable estimé après application de l’abattement fiscal (34 %, 50 % ou 71 % selon votre activité). Un bon réflexe consiste à synchroniser votre déclaration CAF avec vos déclarations URSSAF, afin de limiter les oublis et de conserver des traces cohérentes en cas de contrôle. Vous pouvez aussi demander à la CAF d’être accompagné par un technicien-conseil pour vérifier, lors des premiers trimestres, que les montants que vous saisissez sont corrects.
Restrictions liées à la RQTH et reconnaissance travailleur handicapé
Contrairement à une idée reçue, la Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé (RQTH) n’est pas obligatoire pour percevoir l’AAH ni pour créer une micro-entreprise. Cependant, elle joue un rôle déterminant dans l’accès à des aides complémentaires (Agefiph, Cap emploi, dispositifs régionaux) et dans l’accompagnement de votre projet professionnel. Pour un micro-entrepreneur, la RQTH est souvent la porte d’entrée vers un parcours d’appui renforcé : bilan de compétences, étude de faisabilité, adaptation du poste de travail, financements ciblés.
La RQTH ne limite pas le nombre d’heures que vous pouvez consacrer à votre activité ni votre choix de statut juridique. En revanche, elle peut être prise en compte par la MDPH pour apprécier la restriction durable d’accès à l’emploi dans la fourchette 50–79 %, ce qui impacte directement votre droit à l’AAH. En pratique, il est donc stratégique de demander la RQTH en parallèle ou en amont de votre projet de micro-entreprise : vous renforcez à la fois vos chances d’obtenir l’AAH et d’accéder aux aides à la création d’entreprise adaptées à votre handicap.
Calcul de l’AAH différentielle pour les micro-entrepreneurs
À partir du septième mois d’activité, le cumul AAH et micro-entreprise devient partiel : on parle alors d’AAH différentielle. Le principe est de conserver un filet de sécurité tout en tenant compte de vos nouveaux revenus pour éviter un double financement intégral. Le calcul peut paraître complexe au premier abord, mais une fois que vous avez compris la logique des abattements fiscaux et sociaux, il devient plus lisible. L’idée est un peu la même que pour un gâteau : votre AAH représente une part, vos revenus une autre, et la taille de chaque part s’ajuste sans jamais dépasser la taille totale du gâteau de ressources garanties.
Méthode d’abattement forfaitaire selon le régime fiscal BIC ou BNC
En micro-entreprise, votre revenu net imposable n’est pas égal à votre chiffre d’affaires. L’administration applique un abattement forfaitaire pour estimer vos charges professionnelles, sans que vous ayez à les justifier facture par facture. Cet abattement dépend de la nature de votre activité : 71 % pour la vente de marchandises (micro-BIC vente), 50 % pour les prestations de services commerciales ou artisanales (micro-BIC services), et 34 % pour les professions libérales relevant du micro-BNC.
Concrètement, si vous réalisez 10 000 € de chiffre d’affaires annuel en libéral (micro-BNC), l’administration considère que vos charges sont de 3 400 € (34 %), et retient un revenu net imposable de 6 600 €. C’est ce montant, converti en mensuel ou trimestriel, que la CAF va utiliser comme base pour appliquer ensuite ses propres abattements AAH (80 % puis 40 % selon les tranches). Vous voyez la logique ? Il y a donc deux niveaux de filtrage de vos revenus : d’abord fiscal (URSSAF / impôt), puis social (CAF / MSA).
Application du plafond de ressources pour personne seule et en couple
Une fois ce revenu net imposable déterminé, la CAF le compare aux plafonds de ressources annuels pour l’AAH. Pour 2025, le plafond est de 12 193 € pour une personne seule sans enfant. Avec la déconjugalisation, les revenus de votre conjoint ne sont, en principe, plus pris en compte, sauf si vous avez expressément choisi l’ancien mode de calcul parce qu’il vous est plus favorable. Les plafonds augmentent avec le nombre d’enfants à charge, afin de tenir compte des dépenses supplémentaires du foyer.
Techniquement, l’AAH à taux plein (1 033,32 € en 2025) est comparée à vos ressources mensuelles retenues après abattements. Si vos revenus augmentent, votre AAH baisse progressivement, jusqu’à disparaître lorsque vos ressources dépassent le plafond. L’intérêt du système est sa dégressivité : il ne crée pas un « mur » brutal au-delà d’un certain montant, mais une pente douce. Ainsi, vous n’êtes pas pénalisé pour chaque euro de chiffre d’affaires supplémentaire, ce qui est essentiel pour encourager le développement de votre micro-entreprise.
Prise en compte du chiffre d’affaires versus bénéfice imposable
La confusion entre chiffre d’affaires et bénéfice imposable est l’une des principales sources d’erreurs dans les déclarations AAH des micro-entrepreneurs. Le chiffre d’affaires correspond à l’ensemble des sommes encaissées, sans tenir compte de vos charges (achats, matériel, frais de déplacement…). Le bénéfice imposable, lui, est une approximation de ce qu’il vous reste réellement, après application de l’abattement forfaitaire. C’est ce bénéfice estimé que la CAF cherche à rapprocher de votre pouvoir d’achat réel.
Pour simplifier, vous pouvez retenir la règle suivante : à la CAF, vous déclarez toujours un revenu après abattement, jamais le chiffre d’affaires brut. Si vous vendez des marchandises, vous multipliez votre chiffre d’affaires par 0,29 (100 % – 71 %) pour obtenir le revenu à déclarer. Si vous faites des prestations de services commerciales, vous multipliez par 0,50 ; en profession libérale, par 0,66. Ce calcul peut sembler fastidieux, mais il devient rapidement un réflexe, et il vous évite des baisses d’AAH injustifiées ou des demandes de remboursement pour trop-perçu.
Simulation CAF : cas pratiques avec revenus mensuels variables
Pour mieux visualiser l’impact de vos revenus de micro-entrepreneur sur votre AAH, imaginons deux situations types. Première situation : vous êtes graphiste en micro-BNC et vous facturez en moyenne 1 200 € de chiffre d’affaires par mois. Après abattement de 34 %, votre revenu imposable estimé est de 792 €. La CAF applique alors ses abattements sociaux : 80 % sur la première tranche de 540,54 € (elle ne retient donc que 108,11 €), puis 40 % sur le reste (251,46 € × 60 % = 150,88 €). Au total, 258,99 € de ressources sont pris en compte pour calculer votre AAH, que l’on déduit de 1 033,32 €.
Deuxième situation : vous êtes livreur indépendant en micro-BIC prestations et réalisez 600 € de chiffre d’affaires mensuel. Votre revenu imposable est de 300 € (50 % d’abattement). Comme ce montant est inférieur à 540,54 €, il bénéficie de l’abattement social de 80 % : seules 60 € sont retenues pour le calcul AAH. Dans ce cas, vous conservez donc l’essentiel de votre allocation tout en développant votre activité. Vous hésitez à vous lancer parce que vos revenus sont irréguliers d’un mois à l’autre ? Rassurez-vous : la CAF raisonne au trimestre, ce qui lisse partiellement ces variations et limite les à-coups sur le montant de votre AAH.
Procédure administrative de déclaration à la CAF et pôle emploi
Au-delà des calculs, la réussite de votre cumul AAH et micro-entreprise repose sur une gestion administrative rigoureuse. L’objectif est double : sécuriser vos droits à l’allocation et éviter les malentendus avec la CAF, la MSA ou Pôle emploi si vous percevez également des allocations chômage. Heureusement, les démarches restent relativement standardisées, à condition de respecter quelques étapes clés et de fournir les bons justificatifs au bon moment.
Formulaire cerfa 15481*01 et justificatifs d’activité indépendante
Lorsque vous débutez ou reprenez une activité professionnelle tout en percevant l’AAH, vous devez en informer la CAF via un formulaire de changement de situation, souvent matérialisé par le Cerfa n°15481*01 (déclaration de situation pour les prestations familiales et l’AAH). Ce document permet de signaler la date de création de votre micro-entreprise, la nature de votre activité et votre régime social. Il peut être complété en ligne via votre espace allocataire ou en version papier selon les pratiques de votre caisse.
En complément, la CAF peut vous demander des justificatifs d’activité indépendante : attestation d’inscription au répertoire Sirene, certificat d’affiliation à la Sécurité sociale des indépendants, première déclaration de chiffre d’affaires URSSAF, voire un extrait Kbis pour certaines formes juridiques. L’objectif n’est pas de vous contrôler excessivement, mais de vérifier que votre projet est bien engagé et de déclencher le passage au calcul trimestriel de votre AAH. Plus vos documents sont clairs et complets, plus le traitement de votre dossier sera fluide.
Transmission des déclarations URSSAF au service des droits CAF
Les déclarations de chiffre d’affaires que vous effectuez auprès de l’URSSAF (mensuellement ou trimestriellement) ne sont pas automatiquement transmises à la CAF. C’est donc à vous d’assurer la cohérence entre les deux. Concrètement, il est recommandé de conserver chaque justificatif URSSAF (accusé de dépôt, avis d’échéance, historique de vos déclarations) et, si besoin, d’en fournir une copie à votre CAF lors d’un contrôle ou d’une demande de régularisation.
Une bonne pratique consiste à établir un tableau de suivi simple : pour chaque mois, vous y notez le chiffre d’affaires encaissé, l’abattement applicable (34 %, 50 %, 71 %), le revenu net imposable, puis le montant déclaré à la CAF. En cas de doute, ce tableau vous permet de démontrer la transparence de vos démarches et d’éviter les incompréhensions. Pôle emploi, de son côté, peut également vous demander ces informations si vous cumulez micro-entreprise et ARE : les règles de calcul sont différentes, mais les bases déclaratives restent les mêmes.
Délais de traitement et recalcul rétroactif des allocations
Après la déclaration de votre nouvelle activité, la CAF dispose d’un délai de traitement qui varie généralement de quelques semaines à plusieurs mois selon les caisses et les périodes de l’année. Pendant cette phase, vous pouvez continuer de percevoir votre AAH sur la base de l’ancien calcul, puis recevoir ultérieurement un recalcul rétroactif de vos droits. Ce recalcul peut se traduire par un rappel si vous auriez dû toucher plus, ou par un indu si vous avez perçu trop.
Pour limiter le risque de devoir rembourser, il est souvent conseillé de signaler votre projet de micro-entreprise avant même d’encaisser vos premiers revenus, et de transmettre spontanément à la CAF les éléments utiles (date de début, prévision de chiffre d’affaires, attestations URSSAF). Si un indu survient malgré tout, n’oubliez pas qu’il est possible de demander un échelonnement, voire une remise partielle en cas de situation financière particulièrement fragile. Mieux vaut dialoguer avec votre caisse que laisser la dette s’accumuler silencieusement.
Impact du régime micro-social sur les droits connexes AAH
Créer une micro-entreprise tout en percevant l’AAH ne modifie pas seulement le montant de votre allocation principale. Votre statut d’indépendant peut également impacter vos droits connexes : couverture maladie, complémentaire santé solidaire, aides au logement, réductions diverses. L’enjeu est de bien comprendre ces interactions pour ne pas perdre, par inadvertance, des avantages dont vous aviez besoin pour équilibrer votre budget au quotidien.
Maintien de la couverture maladie CPAM et complémentaire santé solidaire
En tant que micro-entrepreneur, vous restez affilié au régime général de la Sécurité sociale via la CPAM, mais sous le volet « travailleurs indépendants ». Cette affiliation vous garantit la prise en charge de vos soins dans les mêmes conditions que les salariés, avec des droits continus tant que vous résidez en France de manière stable et régulière. L’ouverture ou la poursuite de votre activité indépendante ne vous fait donc pas sortir du champ de la Protection universelle maladie (PUMa).
Si vos revenus demeurent modestes, vous pouvez continuer à bénéficier de la complémentaire santé solidaire (CSS, ex-CMU-C et ACS). Le montant de vos ressources prises en compte pour la CSS inclura votre AAH et vos revenus de micro-entreprise après abattement. Là encore, l’enjeu est de bien déclarer vos revenus pour éviter une suspension injustifiée. En pratique, de nombreux allocataires AAH cumulent micro-entreprise, CSS et parfois APL, ce qui permet de limiter le risque de « reste à charge » médical important, particulièrement lourd pour les personnes en situation de handicap.
Conservation de la réduction sociale téléphonique et exonération taxe d’habitation
L’AAH ouvre encore, dans certains cas, droit à des tarifs sociaux sur certains services, notamment la téléphonie fixe ou l’électricité, ainsi qu’à des exonérations ou dégrèvements de taxe d’habitation pour la résidence principale (lorsqu’elle est encore due sur certaines communes ou années de transition). La création d’une micro-entreprise n’entraîne pas automatiquement la perte de ces droits ; tout dépend du niveau de vos ressources après cumul et de la réglementation locale.
Vous conservez en principe ces avantages tant que vous remplissez les conditions de ressources associées. Toutefois, une hausse significative de votre chiffre d’affaires, même si elle ne supprime pas votre AAH, peut vous faire sortir de certains dispositifs annexes. Il est donc utile, lors de la simulation de votre projet, de prendre en compte l’ensemble de ces effets pour calculer votre « revenu disponible réel », et pas seulement le montant de l’AAH + revenus d’activité.
Accès aux aides locales AGEFIPH pour création d’entreprise adaptée
Le cumul AAH et micro-entreprise peut être renforcé par les aides spécifiques de l’Agefiph ou, dans la fonction publique, du FIPHFP. Ces organismes financent notamment la création ou reprise d’entreprise par une personne handicapée, sous forme d’aides forfaitaires (en 2024-2025, jusqu’à 3 000 € sous conditions de projet et d’apport personnel), de financements d’aménagements de poste (matériel ergonomique, logiciels spécifiques, véhicule adapté), ou d’accompagnement renforcé par des experts.
Ces aides ne se substituent pas à l’AAH : elles la complètent, en ciblant le volet « investissement » de votre projet entrepreneurial. Pour y accéder, il est généralement nécessaire d’avoir une RQTH en cours de validité et de présenter un projet structuré, souvent construit avec l’appui de Cap emploi, d’un réseau d’accompagnement (BGE, France Active, H’up, etc.) ou d’un conseiller France Travail. Vous vous demandez si votre projet est éligible ? Un premier rendez-vous avec un conseiller Agefiph régional permet souvent de clarifier les possibilités et de vérifier la compatibilité avec votre situation AAH.
Stratégies d’optimisation fiscale et sociale pour maximiser l’AAH
Une fois les règles de base maîtrisées, de nombreux micro-entrepreneurs allocataires AAH se demandent comment organiser au mieux leurs revenus pour conserver un niveau d’allocation satisfaisant tout en développant progressivement leur activité. Il ne s’agit pas de « tricher » ou de dissimuler des ressources, mais de tirer intelligemment parti des règles existantes, un peu comme on choisirait l’itinéraire le plus fluide sur une carte routière. Certaines options fiscales ou pratiques de facturation peuvent ainsi influencer, à la marge, le montant de votre AAH différentielle.
Versement libératoire de l’impôt sur le revenu et seuils de déclenchement
En micro-entreprise, vous avez parfois la possibilité d’opter pour le versement libératoire de l’impôt sur le revenu, qui consiste à payer l’impôt en même temps que vos cotisations sociales, sous forme d’un pourcentage fixe de votre chiffre d’affaires (1 %, 1,7 % ou 2,2 % selon les cas). Cette option est intéressante si votre revenu fiscal de référence n’excède pas certains seuils, mais elle n’a pas d’effet direct sur le calcul de l’AAH, puisque celle-ci se base sur vos revenus avant impôt sur le revenu.
Cependant, le versement libératoire présente un avantage indirect : il simplifie vos démarches fiscales et vous évite une régularisation importante l’année suivante, ce qui peut sécuriser votre budget global. Pour un allocataire AAH, la priorité est souvent la visibilité financière. Avant de choisir cette option, il est toutefois prudent de réaliser une simulation avec un conseiller fiscal ou un expert-comptable, afin de vérifier que le versement libératoire est vraiment avantageux par rapport au barème progressif de l’impôt.
Lissage des revenus par facturation anticipée ou différée
L’AAH étant calculée sur la base de vos ressources trimestrielles, la manière dont vous répartissez vos facturations peut influer sur le montant d’allocation perçu d’un trimestre à l’autre. Par exemple, si vous concentrez un grand nombre de factures sur un même mois (avec encaissement effectif ce mois-là), vous risquez une forte baisse de votre AAH au trimestre suivant, puis une remontée brutale si vos revenus retombent. Pour limiter ces « montagnes russes », certains micro-entrepreneurs choisissent de lisser leurs encaissements dans le temps, dans le respect des délais légaux de paiement.
Concrètement, cela peut passer par une planification plus régulière de vos prestations, l’étalement des acomptes, ou la négociation de dates de règlement cohérentes avec vos besoins de trésorerie et le fonctionnement de l’AAH. Bien entendu, il ne s’agit pas de retarder artificiellement des factures déjà dues pour manipuler le calcul de la CAF, mais plutôt de structurer votre activité pour que vos ressources soient plus prévisibles, ce qui est bénéfique à la fois pour vous, vos clients et vos droits sociaux.
Arbitrage entre régime micro-entreprise et EIRL pour allocataires AAH
Le régime de la micro-entreprise séduit par sa simplicité, mais il n’est pas toujours le plus pertinent à long terme pour tous les allocataires AAH. Dans certains cas, opter pour une entreprise individuelle au réel (ou, historiquement, une EIRL avant sa réforme) peut permettre de déduire des charges réelles plus importantes que l’abattement forfaitaire, ce qui réduit votre bénéfice imposable déclaré à la CAF. C’est un peu comme choisir entre un forfait « tout compris » et une facturation au détail : selon votre profil de dépenses, l’un ou l’autre peut s’avérer plus avantageux.
Si votre activité nécessite beaucoup d’investissements (matériel coûteux, local professionnel, déplacements fréquents, sous-traitance), le régime réel peut mieux refléter votre situation économique et, à terme, limiter l’impact de vos revenus sur votre AAH. En revanche, il implique une comptabilité plus lourde et, souvent, l’appui d’un professionnel. Avant de quitter la micro-entreprise, il est donc crucial de réaliser des simulations complètes (fiscales et sociales) pour mesurer les conséquences sur votre AAH, vos cotisations et votre charge administrative.
Risques de suspension ou réduction de l’allocation adulte handicapé
Le cumul AAH et micro-entreprise est un levier puissant d’autonomie, mais il comporte aussi des risques si les règles ne sont pas respectées : suspension temporaire de l’allocation, réduction plus forte que prévu, demande de remboursement d’indus. Ces situations ne résultent pas uniquement d’une mauvaise foi, mais souvent d’erreurs de déclaration, de méconnaissance des abattements ou de décalages entre vos encaissements et vos déclarations. Mieux vaut les anticiper pour les éviter, plutôt que de les découvrir au détour d’un courrier de régularisation.
Les principaux motifs de suspension ou de réduction brutale sont les suivants : absence de déclaration trimestrielle dans les délais, déclaration du chiffre d’affaires brut au lieu du revenu après abattement, non-signalement d’une forte augmentation de revenus, ou cumul non déclaré avec d’autres prestations (ARE, pension d’invalidité, rente accident du travail). Dans tous les cas, le mot d’ordre est la transparence. En cas de doute, vous avez tout intérêt à contacter votre CAF ou votre MSA, ou à prendre rendez-vous avec un conseiller social pour vérifier vos pratiques.
Si votre activité cesse ou diminue fortement, pensez à le déclarer immédiatement : la CAF peut alors revaloriser votre AAH dès le trimestre suivant, ce qui limite les périodes de « trou » de ressources. Et si une décision vous paraît incomprise ou injuste (refus, suspension, montant recalculé), sachez qu’il existe des voies de recours amiables puis contentieuses. Être micro-entrepreneur et bénéficiaire de l’AAH, c’est parfois naviguer dans un cadre administratif dense, mais avec une bonne information et un accompagnement adapté, vous pouvez transformer ce cumul en véritable tremplin vers une autonomie professionnelle durable.