j« On a totalement merdé »

(Michael Horn, Volkswagen)

 

    Depuis plusieurs  jours, Volswagen fait les gros titres. Nous sommes bien loin d’une bourde, d’une fraude fiscale ou d’un « banal » acte de corruption. Nous sommes en face d’une tricherie inimaginable mise en place sur 11 millions de véhicules depuis 2008 ! Mais comment en sont-ils arrivés là ? 
     Je n’ai pas pu m’empécher d’imaginer comment un grand groupe mondiale a réussi à prendre une décision aussi surréaliste.

    Peu importe le niveau d’intelligence , de savoir faire et d’intégrité des individus, un groupe de personnes est capable de se tromper totalement sur une décision (corollaire inverse de notre article . L’entreprise est plus que la somme de ses talents). Décider d’intégrer un nouveau dispositif à la place du logiciel de triche lors des tests antipollutions est un choix judicieux pour pouvoir vendre ses véhicules diesel est surprenant !

Loin de moi l’idée de dire que telle ou telle personne est stupide, (vu leur place au sein du groupe je ne le pense pas) pourtant leur décision, elle, a été d’une stupidité déconcertante.

 

Voilà, comment j’ai imaginé la réunion de projet qui a abouti à cette prise de décision.

ATTENTION CECI EST UNE FICTION :

en 2007 : Réunion capitale à laquelle participe 5 cadres de Volkswagen. Mr X est le plus haut responsable de cette assemblée.

 

« Mr X :  – Bon, on se réunit de nouveau pour trouver une solution. Je vous rappelle que notre cher PDG doit annoncer aux investisseurs notre forte présence aux USA. Pour conquérir cette nouvelle destination, nous nous devons de sortir des véhicules diesel qui respectent les normes anti-pollutions. Où en sommes nous depuis la dernière fois coté technique ?

Mr Technique : – Nous avons progresser mais nous devons malgré tout baisser les performances de notre moteur pour respecter les normes.

Mr X : – Non, c’est impossible. Nous devons être les meilleurs. Pas question de baisser les performances.

Mr Technique : – Malgré tous nos efforts, nous n’en sommes pas encore capable.

Mr X (souffle d’exaspération) : – Quelqu’un d’autre ?

Mr Stratège : – Bon, j’ai quelques idées. En utilisant les lobbying, on peut devenir puissant. On pourrait financer les organismes de contrôle, les journalistes spécialisés…

Mr X : – C’est trop extrême tout ça… Combien ?

Mr Stratège : – Plusieurs milliards d’euros.

Mr X (ricane) : – Laissez tomber, c’est n’importe quoi. Autre chose ?

Mr Technique : – Nous avons un système de filtrage qui pourrait nous permettre d’arriver au…

Mr X (très énervé) : – Vous m’en avez parlé la semaine dernière ! 300€ de plus par moteur ! mais vous vous rendez compte que nous entrons en pleine crise ! Abandonnez cette idée bon sang ! Personne d’autre ?

Silence

Mr X : – Vous êtes vraiment tous des incapables ! Aucune créativité, aucune idée pertinente !

Silence géné.

Mr Stratège : – Peut-être qu’on pourrait intégrer un logiciel sur nos véhicules qui bride les performances de nos moteurs mais uniquement lorsque la voiture est en phase de test.

Long Silence

Mr X : – Si nous n’avons pas d’autres solutions….


Débrief de la réunion

J’ai exagéré l’incompétence manageriale de Mr X pour mettre en exegue des erreurs trop souvent rencontrées lors de ce type de réunion. Voyons ces erreurs :

1. La présentation de l’objectif du projet est très maladroite. Mr X sous-entend que leur projet leur est imposé et que le challenge est uniquement destiné à augmenter les bénéfices des actionnaires.

=> Ce discours n’est absolument pas motivant, les enjeux présentés ainsi ne stimule pas une synergie de groupe pour innover.

2. 5 personnes participent à la réunion mais seulement 3 prennent la parole. Avant de porter des jugements de valeurs négatifs sur les propositions des premiers particpants, Mr X aurait du donner la parole aux 2 silencieux. Mais en se montrant cinglant dès qu’une proposition ne lui convient pas, il cloue le bec aux moins téméraires.

3. Mr Z est un bon communicant. Il ne se laisse pas intimider par l’énervement de son responsable et revient à la charge avec une proposition beaucoup plus réaliste que lors de sa première intervention. En comparaison avec la création d’un complot, une petite tricherie peut alors sembler acceptable à Mr X. Celui-ci est aveuglé par ses sentiments à ce moment-là et ne voit pas que c’est une idée stupide.

4. Il est quasiment certain qu’au moins un participant a jugé correctement la situation et compris que la décision était mauvaise. Seulement Mr X n’a pas mis ses collaborateurs en confiance et en sécurité pour qu’ils parlent librement et soient critiques envers cette idée.

Résultat : La décision est prise et c’est ainsi que 8 ans après le scandale éclate.

Et vous, avez-vous déjà assisté à une réunion qui prend une telle tournure ? Avez-vous réussi à recentrer le débat ?