J’ai parfois l’impression de vivre sur une autre planète. Comment un patron d’entreprise peut mépriser 85% de ses employés ? Et bien Mr Bolloré vient de nous le montrer avec le cas iTELE vs Morandini. Je ne souhaite pas ici m’étendre sur qui a raison ou tort entre des journalistes, techniciens, chroniqueurs et j’en passe et une star du petit écran. Je voudrais surtout insister sur la manière de procéder d’un manager-dirigeant.

Pour se remettre dans le contexte ou pour ceux qui ne s’y intéressent pas (ce qui n’était pas loin d’être mon cas jusque-là), je résume la situation : Mr Morandini est mis en examen pour “corruption sur mineur aggravé” et en parallèle recruté par iTELE. 85% des employés de la chaîne votent une grève de 24h reconductible contre sa venue.

A quoi Mr Bolloré, patron de la chaîne, leur rappelle qu’ils ont le droit de faire jouer leur “clause de conscience”. Qu’est-ce que c’est que ce truc ? Et bien précisément qu’un journaliste peut rompre son contrat si un “changement notable dans le caractère ou l’orientation du journal […] crée pour le salarié une situation de nature à porter atteinte à son honneur, à sa réputation, ou d’une manière générale, à ses intérêts moraux”. On pourrait résumer cela par : “Si vous n’êtes pas content, vous pouvez partir”.

Un mal profond

Vous m’accorderez qu’il est rare que 85% des employés d’une entreprise se mettent en grève parce qu’ils sont contre le recrutement d’une personne. Premièrement, rappelons que Mr Morandini n’est pas encore déclaré coupable et qu’il existe la présomption d’innocence. Je pense (opinion très personnelle) que ce mouvement est particulièrement suivi car l’annonce de la venue de l’animateur fait suite à une année difficile pour la chaîne.

En effet, une grève a déjà eu lieu en juin concernant des annonces de baisses drastiques du budget et des effectifs. De plus, selon un syndicaliste, aucun projet éditorial n’a été présenté cette année et il y règne un management par la terreur. Bref, il fait bon vivre sur iTELE !

Donc revenons à la question : Comment un patron d’entreprise peut mépriser 85% de ses employés ? est-ce vraiment la bonne question ? Demandons-nous plutôt « Pourquoi Vincent Bolloré balaye d’une main l’opinion de 85% de ses employés ? »

Car après tout, Mr Bolloré est un être doué d’intelligence et n’en ai pas à sa première entreprise ni crise à gérer. Alors pourquoi ce positionnement agressif dans un contexte difficile.

Mon opinion

La situation de l’emploi lui permet de rappeler la clause de conscience sans craindre de voir partir tous ses journalistes du jour au lendemain. Ainsi, seuls les plus opposés à lui partiront de leur plein gré. Ceux qui resteront et s’opposeront pleinement à chacune de ses décisions seront identifiés et se verront remercier avec plus ou moins de classe.

Ainsi, Mr Bolloré pourra placer ses bons soldats aux postes stratégiques et ainsi reprendre le contrôle de son entreprise en quelques mois. C’est sûrement beaucoup plus simple et rapide que de créer des valeurs communes.

Tout cela n’est que supposition mais ce qui est sûr c’est que je ne pense pas que cela fonctionne sur le long terme et que le dialogue social en France en prend un coup.

Rupture ou Stratégie ? Je dirai : les 2 mon colonel. Et vous, comment percevez-vous cette manière de procéder ?